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Un stimulant irremplaçable

13 mars 2004

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Lise Payette a été chroniqueuse au Journal de 2004 à 2007. En sa mémoire, nous publions aujourd’hui trois chroniques qui sont représentatives de la relation qu’elle avait développée avec ses lecteurs.



Me voilà encore une fois devant une page blanche. Pour moi, c’est un stimulant absolument irremplaçable.

Laissez-moi d’abord vous donner de mes nouvelles. On se connaît depuis si longtemps que je ne vais pas faire des présentations officielles. La communication qu’il y a entre nous depuis quarante ans n’a jamais été interrompue. Elle a pris des formes diverses, de la radio à la politique en passant par la télévision et la presse écrite, mais nous avons voyagé ensemble. Ce que vous avez vécu, je l’ai vécu. L’inverse est aussi vrai.

Humour et passion

J’ai vieilli comme tout le monde. Heureusement car l’autre alternative ne me tente pas. Je l’avoue, je ne suis pas sûre que je me sois améliorée en vieillissant. Je suis un peu plus tolérante face aux faiblesses humaines que je ne l’étais plus jeune. La vie s’est chargée de me faire la preuve que personne n’est parfait. J’ai toujours un bon sens de l’humour car autrement la vie serait insupportable, mais j’ai aussi une petite pointe de cynisme probablement due à mes années en politique. Ce qui ne devrait pas vous déplaire. Je crois que c’est tout pour l’amélioration. Je pourrais peut-être rajouter que je peux encore me passionner sans pudeur pour un sujet qui me tient à cœur. J’ai parfois des lueurs d’espoir concernant notre comportement collectif, mais elles sont de courte durée. Je vous pratique depuis assez longtemps pour savoir que vous non plus vous n’avez pas tellement changé.

Il y a des choses que je déteste toujours férocement : l’injustice, l’ignorance crasse et la vulgarité. Il me semble que le monde serait meilleur si les trois disparaissaient d’un seul coup. J’ai horreur aussi des injures, même quand la discussion est animée. Je déteste le laisser-faire et le laisser-aller. Je ne supporte absolument pas les gens qui me mentent en pleine face.

Féministe et indépendantiste

Il me reste deux étiquettes indélébiles. Je suis FÉMINISTE, même si on prétend que ce n’est plus à la mode. Je n’ai qu’à regarder autour de moi pour voir que les femmes ne sont pas les égales des hommes. Comme j’ai appris depuis longtemps que quand on n’avance pas, on recule, je refuse de faire du surplace avec mes idéaux. Je serai donc féministe jusqu’à la fin de ma vie parce qu’il faut bien qu’il y en ait une qui veille au grain.

Je suis toujours INDÉPENDANTISTE. Même si les stratégies pour y arriver ne m’enthousiasment pas, pas plus que ceux qui les orchestrent. Il n’en demeure pas moins que pour moi, l’objectif est non seulement valable, mais que c’est la seule issue possible à une identité complètement enlisée dans l’impasse et l’absurde.

Autrement dit, avec ces deux étiquettes et aucune autre, je n’ai probablement jamais été aussi libre de toute ma vie. Je ne suis membre d’aucun parti politique. Je suis mon propre patron. Je n’ai aucune obligation à remplir, ni aucune dette à payer et je ne dois rien à personne. Je n’appartiens à aucune Église, ni aucune « chapelle ».