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Le théâtre, c’est la vie

Le théâtre, c’est la vie
Photo courtoisie

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La conception que se faisait Antonin Artaud du théâtre, à l’effet que le théâtre c’est la vie, ne s’était jamais aussi bien matérialisée dans ma vie de spectateur qu’avec la performance extraordinaire des comédiennes et comédiens de la pièce Oslo présentée par le Théâtre Jean-Duceppe. Une interprétation convaincante qui nous transporte comme par magie dans l’antichambre des négociations secrètes tenues à Oslo entre Israéliens et Palestiniens en créant la sensation d’y assister en direct.

La compagnie théâtrale a fait un choix judicieux pour entamer sa saison 2018-2019 en inscrivant à sa programmation cette pièce de l’auteur américain J.T. Rogers, 25 ans après la conclusion des accords d’Oslo qui semblait ouvrir une toute nouvelle perspective dans les relations israélo-palestiniennes, au point que le Nobel de la paix 1994 a été octroyé à Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin. Les extrémistes des deux côtés ont malheureusement torpillé les efforts de ces grands hommes. Toutefois, il nous faut retenir, comme l’exprime Emmanuel Bilodeau à travers son personnage de Terje Rod-Larsen dans l’épilogue de la pièce, que malgré les blessures et la haine, Palestiniens et Israéliens étaient parvenus à se parler et à s’entendre sur un projet qui aurait pu apaiser sérieusement les tensions au Moyen Orient. Cette conclusion conforte l’idée de repousser l’impossible pour continuer d’espérer l’improbable.

Ajoutant à son coup de maître, le Théâtre Jean-Duceppe avait orchestré une discussion publique sur la pièce et les accords d’Oslo avant la présentation du 7 septembre. Animé judicieusement par Brian Myles, directeur au journal Le Devoir, le panel était composé de Jacques Saada, ancien ministre fédéral, Yara El-Ghadban, écrivaine palestinienne, Sami Aoun, universitaire expert du Moyen Orient et Manon Globensky, journaliste à Radio-Canada. Quelques centaines de personnes ont assisté aux échanges dans un complet respect des intervenants et sans manifestation acrimonieuse comme j’avais pu l’observer dans d’autres évènements semblables au cours de ma vie professionnelle. Les échanges entre Saada et El-Ghadban prenaient les allures des négociations d’Oslo entre humains qui veulent vivre en paix tout en se rappelant les affres des différents conflits, pendant que Sami Aoun devenait le Rod-Larsen du moment et que Manon Globensky représentait les yeux rivés de la planète sur l’évolution des tensions au Moyen Orient. Une autre preuve qu’Oslo est d’actualité et que tout est possible!

Il faut ajouter que la mise en scène de la pièce, réalisée par Édith Patenaude, s’avérait d’une efficacité qui amplifiait la crédibilité de l’interprétation. Aucun moment de relâchement dans l’attention tant le rythme était soutenu, Patenaude a su faire des choix qui cadraient avec l’intensité dramatique de ces pourparlers et maintenir le suspens avec une musique envoutante sur scène. En tombée de rideau, j’ai apprécié le salut des comédiens sur une seule ligne reflétant du coup l’importance égale de chacun dans la présentation de la pièce comme le rôle capital joué par chacun des interlocuteurs dans les négociations d’Oslo.

Vous aurez compris que tout m’a enchanté dans cette pièce, y incluant la discussion publique qui l’a précédée. Un évènement à ne pas manquer pour mieux comprendre l’heure du monde et se délecter d’un jeu parfait d’actrices et d’acteurs.