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Réduire les seuils d’immigration?

Réduire les seuils d’immigration?
Photo Agence QMI

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François Legault a provoqué l’un des premiers chocs des idées de la campagne en réaffirmant son intention de réduire les seuils d’immigration dès la première année d’un mandat. Il ramènerait le nombre de nouveaux arrivants à 40 000 alors qu’il dépasse aujourd’hui les 50 000.

Le débat divise, suscite des flammèches, pourrait même conduire à des dérapages ? Et pourtant, ce débat de société est tout à fait sain. Parler des seuils d’immigration, comme de l’intégration linguistique ou des opportunités économiques des nouveaux arrivants, c’est discuter des politiques qui guideront le prochain gouvernement. Comme les transports, la santé ou la justice, ces politiques publiques ne peuvent pas être taboues.

Regard historique sur les seuils

En remontant jusqu’aux années 1970, un constat s’impose. Les gouvernements libéraux ont eu tendance à hausser les seuils annuels d’immigration. À l’inverse, lorsque le PQ a été porté au pouvoir, il a eu tendance à les diminuer. Ce fut vrai à l’arrivée de René Lévesque en 1976 et tout autant en 1994, lorsque Jacques Parizeau a pris les commandes du Québec.

Ces hausses et ces baisses des seuils constituent de véritables révolutions de la politique d’immigration. Parce que les variations sont énormes. On parle d’une différence de milliers, voire de dizaines de milliers. Pourtant, ce sujet a généralement été très peu débattu.

Entre 2000 et 2007, période à laquelle est arrivé Jean Charest, les seuils d’immigration ont été rehaussés de plus de 35 % pour atteindre 45 000. Puis de 2007 à 2012, le nombre est passé de 45 000 à 55 000. Et pourtant, ces changements significatifs n’étaient pas clairement inscrits dans les orientations électorales du parti.

Probablement qu’on considérait à une époque que ce genre de sujet était trop sensible (ou trop grave ?) pour qu’on invite la population dans la discussion. Époque révolue. Et tant mieux. Un peuple qui a voté deux fois lors de référendums sur son avenir politique doit bien être assez mûr pour débattre aussi de ses politiques d’immigration.

On sent bien que ce qui fait sursauter, c’est l’idée d’une baisse. On a l’impression que l’idée d’une hausse constitue un quasi-automatisme auquel nous avons été habitués. À l’inverse, parler ouvertement d’une baisse suscite un malaise.

Intégrés ?

Si le débat sur le nombre d’immigrants fait surface, c’est que l’intégration a été sérieusement négligée ces dernières années. La vérificatrice nous a fourni les meilleures données objectives sur la question. Et une minorité linguistique comme le Québec n’a pas le luxe de se permettre des lacunes dans l’intégration de ses nouveaux arrivants.

Tous les partis doivent répondre à des questions. Les besoins de main-d’œuvre, d’un côté, soulèvent des questions sur la politique de baisse des seuils de la CAQ. La négligence dans le passé soulève des questions sur la capacité des libéraux à s’occuper sérieusement d’intégration à l’avenir. La politique du PQ qui veut réviser le seuil sans trop dire comment mérite aussi des précisions.

Les grands débats s’en viennent. Souhaitons-les respectueux et éclairants.