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Sous le soleil aveuglant

Sous le soleil aveuglant
Photo courtoisie

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Il fait chaud dans le tout récent roman d’Olga Duhamel-Noyer. Chaud et écrasant, et toute l’écriture de ce court récit en transmet la sensation.

Ç’aurait pu être un roman de fêtes. Après tout, c’est l’été et nous sommes transportés dans les petites rues blanches de Mykonos, île grecque courue des touristes heureux de s’y étourdir.

De fait, on fête beaucoup dans Mykonos. Olga Duhamel-Noyer nous fait débarquer sur l’île avec quatre jeunes hommes pour qui c’est un premier départ en vacances loin de leur famille. « C’est une liberté toute neuve », peut-on lire. Ils vont l’exploiter à fond.

Ils ne sont pas là pour découvrir les secrets de la Grèce, son alphabet, ses habitants. Ils sont venus pour la plage, le soleil et les nuits de légèreté, à grandes rasades d’alcool, d’un peu de drogue et de beaucoup de chasse aux belles filles qui cherchent la même chose qu’eux. L’anglais servira de langue d’échange universelle.

Bref, c’est le party continuel et pourtant, dès le début du récit, il y a de la lourdeur dans l’air. Ou plutôt une froideur dans la narration qui nous tient en alerte. Les phrases sont courtes, les dialogues quasi absents et l’émotion reste en surface. C’est sujet, verbe, complément, point et on recommence. C’est hypnotisant de détachement. Comme si on avançait face à un soleil trop blanc, qui aveugle sur ce qui nous attend.

Mykonos met donc en scène une bande de gars qui entendent profiter à fond de leur semaine sur l’île, et chaque chapitre correspond à une journée de leur séjour.

Mais en fait, l’auteure se concentre sur l’un d’entre eux, Pavel.

Il est plus indépendant que ses amis, plus curieux. Il ne s’en vante guère, mais il a quand même jeté un œil au guide de voyage que sa grand-mère lui a donné avant de partir. « Les autres ne s’intéressent pas à ça. » Lui, il ouvre les yeux, tourne le dos à la mer et voit les montagnes nues.

Alors Pavel s’éloigne parfois de son côté, vers des endroits isolés où se balader ou nager. Il aimerait bien que ses amis aient eux aussi envie de cette simplicité plutôt que de s’enfermer dans les bars où se pressent les foules. Mais tant pis, ainsi sont ses amis et il finit toujours par aller les rejoindre.

À mesure qu’on avance dans le roman, on voit donc se renforcer le contraste entre la superficialité de jeunes touristes centrés sur leur plaisir et l’envers du décor que perçoit Pavel. Les rues achalandées, les déchets qui s’accumulent, l’odeur d’essence, et les serveurs tous au service de cette insouciante jeunesse.

Ça finira mal, bien sûr. Il y a d’ailleurs eu bien des moments dans ce livre où ç’aurait pu mal finir. L’insouciance ne peut pas durer. Mais Olga Duhamel-Noyer nous y mène de manière si fine qu’on n’a qu’une envie en finissant son livre : le recommencer.