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Arsenic : le maire déplore d’avoir été tenu dans l’ignorance

Il dit qu’un comité citoyen de Montréal-Est n’aurait rien fait pour alerter la population

L’usine de transformation de cuivre CCR (en bas à gauche) était la source de contamination de l’air par l’arsenic à des taux de 200 % de la limite fixée en 2018 par le ministère dans le quartier de Montréal-Est (au centre). 
Photo Le Journal L’usine de transformation de cuivre CCR (en bas à gauche) était la source de contamination de l’air par l’arsenic à des taux de 200 % de la limite fixée en 2018 par le ministère dans le quartier de Montréal-Est (au centre). 

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Le maire de Montréal-Est déplore d’avoir été tenu dans l’ignorance quant à l’existence d’un rapport de la Santé publique qui révèle qu’une usine située sur le territoire de sa ville rejette beaucoup trop d’arsenic depuis au moins huit ans.

«Une chance que l’entreprise a fait une demande de permis sinon on ne l’aurait jamais su. Je déplore ça», indique Robert Coutu.

Notre Bureau d’enquête révélait samedi que des résidents de l’est de Montréal sont exposés sans le savoir depuis au moins huit ans à des émanations beaucoup trop élevées d’arsenic, une substance cancérigène. La source de contamination est l’immense usine de transformation de cuivre CCR située sur l’avenue Durocher.

Dans sa réponse aux questions de notre Bureau d’enquête, une porte-parole engagée par CCR affirme que l’entreprise a mis en place un comité citoyen avec qui elle partage ses données. L’entreprise «informe [ses membres] de façon régulière de la situation, dans un souci de transparence et de collaboration», ajoute-t-elle.

Un comité «bidon»

Or, selon le maire Coutu, les membres de ce comité n’auraient jamais communiqué publiquement les résultats des rencontres qu’ils avaient eues avec l’entreprise.

«Si le comité citoyen ne fait pas ça [communiquer avec la population] et que l’entreprise dort la tête tranquille [...], on appelle ça un comité bidon», s’est indigné le maire, visiblement mécontent de la réponse de l’entreprise.

Questionnée à savoir s’il était possible de parler à des membres de ce «comité citoyen», la porte-parole engagée par CCR a indiqué qu’elle n’avait pas réussi à les joindre hier soir. Ils seront rencontrés par l’entreprise en même temps que ses employés mardi, a-t-elle toutefois précisé.

Pas de risque zéro

En entrevue avec TVA Nouvelles, un représentant de la Santé publique a admis que le risque zéro n’existe pas pour la population de Montréal-Est.

«On parle de niveaux [d’émanation] où on ne s’attend pas à voir des impacts sur la santé de la population qui habite autour de la raffinerie», a toutefois nuancé le docteur David Kaiser.

«Si j’étais résident de ce quartier-là, je serais aussi inquiet. Mais voilà une responsabilité du gouvernement municipal de Montréal qui doit être prise en main. Nous, nous sommes là pour les soutenir», a déclaré le premier ministre sortant, Philippe Couillard.

«C’est très inquiétant, donc moi je m’attends à ce que les autorités rencontrent les dirigeants de l’usine en question», a indiqué le chef de la CAQ François Legault.

– Avec TVA Nouvelles

Il songe à déménager pour épargner sa fille

Jean-François Fortin, Résident
Photo Vincent Larin
Jean-François Fortin, Résident

Un père de famille songe à déménager de Montréal-Est après les révélations de notre Bureau d’enquête à propos d’une usine de transformation de métaux qui rejette dans l’air en grande quantité une substance toxique, de l’arsenic.

«Ma fille de 4 ans fait de l’asthme, donc je trouve normal de ne pas vouloir l’exposer davantage à des produits toxiques», explique-t-il lorsque rencontré devant sa résidence.

Pour le prix

Jean-François Fortin a déménagé dans le quartier il y a de cela trois ans entre autres en raison des prix bien moins élevés des loyers. Il dit payer un montant de 750 $ pour un cinq et demi situé à quelques rues à peine de l’usine CCR qui a récemment été épinglée par la Santé publique.

«Dès que j’ai lu ça dans Le Journal, ça m’a convaincu de vouloir partir d’ici», soupire-t-il en décrivant une mauvaise odeur qui règne parfois dans le quartier.

En comparaison à la région de Charlevoix où il a récemment pris des vacances, la ville et particulièrement Montréal-Est provoque beaucoup plus de crises d’asthme chez sa fille, dit-il.

Pire avant

D’autres citoyens rencontrés dans les rues adjacentes à l’usine CCR hier ne semblaient pas inquiétés outre mesure.

«Depuis 1998 que j’habite ici et je peux vous assurer que c’était bien pire avant», explique Patrick Lizotte. Il donne en exemple les citernes qui se dressaient auparavant sur le terrain situé en face de sa maison, mais aussi le train qui passait devant chez lui et dont les rails ne sont maintenant plus utilisés.

Bien qu’il aurait préféré apprendre la mauvaise nouvelle par le biais de l’entreprise ou de la Ville, un autre citoyen estime que le problème pourra maintenant être réglé.

«Maintenant qu’ils savent qu’on les surveille et que nous sommes au courant qu’ils sont voyous, il y a beaucoup de chances qu’ils prennent des mesures pour s’assurer de respecter les normes», croit Philippe Gagnon.