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La peur vend plus que le sexe

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C’est si facile de succomber à la sinistrose, cette maladie qui nous fait voir la vie en noir, qui nous fait croire que tout est foutu, tout est perdu.

Les politiciens qui veulent nous séduire en période électorale aggravent la situation en affirmant qu’eux seuls ont la solution à nos angoisses.

« Si vous ne votez pas pour nous, vous finirez au mouroir, le Québec français va disparaître, les femmes vont redevenir les servantes des hommes et les Québécoises de Gaspé à Gatineau porteront le niqab, si nous ne sommes pas tous emportés avant par les cataclysmes qui marqueront la fin de la vie sur Terre. »

Comme si ce n’était pas suffisant, la science découvre de nouvelles maladies. Je pense à cette pauvre femme dans Le Journal hier dont la langue est devenue noire et poilue.

Un Martien qui débarque au Québec demain matin et qui fait le tour de nos médias sera tenté de conclure que notre espèce préfère la peur au bonheur.

La vérité

La peur vend, chers amis. Plus que le sexe.

Et pourtant, en dépit des grands défis auxquels toute l’humanité fait face, les changements climatiques en premier lieu, nous avons, ici en Occident, en 2018, le c... bordé de nouilles, une expression vulgaire importée de France que j’adore.

Hier, je terminais la lecture de l’histoire de la Première Guerre mondiale par l’historien Robert Keegan. Au total, 40 millions de victimes civiles et militaires entre 1914 et 1918. Au 20e siècle. Pas sous Gengis Khan.

Je suis obsédée par ces millions de jeunes hommes démembrés au fond de tranchées ou agonisant, abandonnés, dans des trous d’obus. L’horreur pure.

Lors de la bataille de la Somme de juillet à novembre 1916, les Britanniques ont ravi six kilomètres de terrain aux Allemands, mais ont perdu 400 000 soldats, dont 19 240 le premier jour.

La bataille de Verdun a fait 700 000 victimes chez les troupes françaises et allemandes.

Le pire, c’est que 100 ans après l’Armistice — que nous marquerons le 11 novembre —, les historiens ne s’entendent toujours pas sur les causes précises de cette hécatombe, outre l’assassinat de l’archiduc austro-hongrois par un Serbe.

Imaginez : l’empereur allemand (qui a déclaré la guerre), le tsar russe et le roi d’Angleterre étaient cousins et passaient leurs vacances ensemble.

Dites-moi pas que le monde ne change pas en mieux !

De bonnes nouvelles

Cette semaine, l’Inde a légalisé l’homosexualité. Madame Payette aura un hommage national. Le nettoyage des continents de plastique dans l’océan Pacifique commence, grâce à l’invention d’un Hollandais de 24 ans. Le pont Champlain s’achève et mon mari a presque fini son cabanon.

Je viens de passer une heure au téléphone avec ma meilleure amie qui me réveille le matin pour qu’on puisse lire et commenter les journaux ensemble. Nous rions beaucoup malgré les mauvaises nouvelles.

À nous deux, nous combinons 100 ans de journalisme. Nous avons encore foi dans notre métier, dans la politique et dans l’être humain qu’elle doit servir.

C’est peut-être parce que nous préférons le sexe à la peur...