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Le nouveau bébé d’Alain Mabanckou!

Alain Mabanckou
Photo courtoisie, Nico Therin Alain Mabanckou

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En revenant sur un épisode marquant de son passé, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou signe un roman qui nous en apprend beaucoup sur le Congo postcolonial.

Alain Mabanckou est né à Pointe-Noire en 1966, soit deux ans avant que le camarade président Marien Ngouabi ne soit officiellement nommé à la tête de la République du Congo. Et même s’il n’était encore qu’un gamin, il a profondément été marqué par la révolution socialiste qui a suivi, la plupart des élèves de son âge ayant entre autres grandi en entonnant le chant soviétique Quand passent les cigognes, en allant accueillir à l’aéroport des dictateurs de la trempe de Nicolae Ceaușescu ou en assistant à quantité de discours ampoulés vantant les mérites du régime communiste.

« On n’a jamais parlé de cette page de l’histoire du Congo de manière claire et à mes yeux, le roman était le moyen le plus approprié pour l’exprimer avec une certaine fluidité, explique Alain Mabanckou, qu’on a pu joindre à Paris une semaine avant la rentrée scolaire. J’ai donc essayé de me rappeler les souvenirs réels de mon enfance, car à l’instar du petit Michel (mon deuxième prénom !), j’avais 11 ans quand le président Marien Ngouabi a été assassiné. »

<b><i>Les cigognes sont immortelles</i></b><br />
Alain Mabanckou, <br />
Éditions du Seuil, 304 pages.
Photo courtoisie
Les cigognes sont immortelles
Alain Mabanckou,
Éditions du Seuil, 304 pages.

Dans Les cigognes sont immortelles, Alain Mabanckou mettra ainsi en scène ses propres parents, Roger et Pauline, tout en donnant à son petit Michel la chance de raconter le savoureux quotidien de sa famille, qui occupe une maison « en attendant » (bâtie avec des planches et sans fondations solides) dans le quartier ponténégrin de Voungou. Un quartier où tout le monde se connaît et où tout le monde sait qu’il n’y a pas plus rêveur et étourdi que le petit Michel. La preuve ? Chaque fois que son père l’envoie acheter vin et cigarettes Au cas par cas, une épicerie dont le prix des produits fluctue selon les clients, Michel finit toujours par perdre sa monnaie.

Mais à partir du 18 mars 1977, plus rien ne sera comme avant...

La fin d’un règne

Ce jour-là, dans l’enceinte de sa luxueuse résidence de Brazzaville, le chef de la Révolution socialiste congolaise sera en effet criblé de balles par un commando armé. Un coup d’État qui obligera aussitôt le pays à fermer ses frontières et à instaurer le très strict couvre-feu, qui empêchera notamment Michel de partir à la recherche de Mboua Mabé, son chien adoré. Et les stations de radio locales ne donnant aucun détail sur les circonstances du meurtre de Marien Ngouabi, Roger devra écouter La Voix de l’Amérique pour en savoir plus.

À ce stade, il ne pouvait évidemment pas se douter que des « camarades » liés de près au clan de sa femme débarqueraient sous peu avec une nouvelle 100 fois pire, plusieurs autres membres du Parti Congolais du Travail ayant également été exécutés au cours de cette funeste journée. « J’avais mon histoire en tête et je savais exactement comment elle allait se terminer, ajoute Alain Mabanckou. De tous mes romans, c’est peut-être le seul dont je voyais déjà la fin, très inattendue. Elle symbolise toute la colère du peuple congolais et la rancœur qu’il en garde encore aujourd’hui. Il ne me restait qu’un petit détail : écrire le début et le reste en réussissant à rendre mes personnages attachants et en gardant un ton naviguant entre la tragédie, l’humour et les larmes. »

Un défi qu’il a su relever haut la main grâce à la candeur de son jeune alter ego, dont le récit est truffé de « choses qu’il ne peut pas expliquer ici, sinon on va encore dire qu’il exagère toujours et que parfois, il est impoli sans le savoir ».

Stupeur et tremblements

En un temps record, on en a donc appris énormément sur l’histoire du Congo, un pays d’Afrique centrale où beaucoup d’événements souvent difficiles à expliquer sans rien exagérer se sont produits entre les années 1950 et la fin des années 1970. Car pendant qu’Idi Amin Dada ou Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga choquaient l’opinion publique en imposant leurs quatre volontés en Ouganda et au Zaïre, le Congo a aussi eu droit à sa part de drames, les dirigeants de la période postcoloniale n’ayant pas tous été blancs comme neige (l’un deux sera même surnommé « l’abbé polygame » !).

Après Lumières de Pointe-Noire et Petit Piment, qui nous ont tour à tour permis de découvrir sa jeunesse haute en couleur et celle, nettement moins rose, des orphelins congolais, Alain Mabanckou nous offre donc ce coup-ci un récit se situant à mi-chemin entre l’autobiographie et le roman historique. Un heureux mélange à savourer sans modération.