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À quoi sert une campagne électorale

François Legault chef de la CAQ
Photo PIerre-Paul Poulin Le chef de la CAQ, François Legault.

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La dernière semaine marque la tentative de François Legault de reprendre l’initiative en imposant une discussion sur le thème de l’immigration.

La nature ayant horreur du vide, l’enjeu a évidemment pris la place laissée par les autres débats plutôt ternes de la campagne. C’est certainement plus intéressant que de parler du passé des candidats malcommodes.

Il se trouve pourtant des gens pour s’indigner qu’on veuille discuter d’un sujet aussi sensible que celui-ci en période électorale. D’autres pensent que lier la question de l’immigration à la survie du français, comme le font François Legault et Jean-François Lisée, est dépassé. Ce fut le cas de Gabriel Nadeau-Dubois, qui s’est engagé à ne pas en débattre, donnant plutôt la priorité aux changements climatiques, la justice sociale et l’évasion fiscale.

Déterminant

Pourtant, que l’immigration soit perçue négativement ou positivement, tout le monde s’entend pour dire qu’elle contribuera largement à façonner le Québec des prochaines années. Philippe Couillard, un des plus ardents défenseurs d’une politique d’immigration volontaire, confiait d’ailleurs au HuffPost que le Québec connaîtrait bientôt une transformation radicale, sous l’effet des changements démographiques.

Dès lors, il faudrait éviter de discuter d’un enjeu aussi déterminant pour notre avenir ? Allons donc. Une personne qui croit vraiment en cette action collective qu’est la politique et aux vertus du débat public ne peut affirmer pareille sottise.

Évidemment, on peut mal parler d’immigration et le faire de manière incendiaire. C’est un sujet qui, comme d’autres, mérite qu’on le manie avec doigté.

Or, n’importe qui n’étant pas de mauvaise foi admettra qu’il y a des arguments qui sont légitimes tant dans le propos de M. Legault que dans celui de M. Couillard. L’un a raison de dire que le Québec perd trop d’immigrants reçus et qu’on ne fait pas assez pour l’intégration, proposant alors de diminuer le débit d’eau dans les vannes. L’autre a raison de répéter que le Québec a un défi de main-d’œuvre et que la promesse de son adversaire viendrait principalement réduire l’immigration économique. De même, les experts ont raison de rappeler que l’immigration constitue une solution mal adaptée aux pénuries de travailleurs.

En faisant la balance de tout ça, on constate qu’il est possible de débattre d’immigration de manière intelligente. C’est même franchement passionnant.

Mais non. Il se trouve du monde pour dire qu’on devrait soustraire au débat public une discussion aussi fondamentale, à plus forte raison lors d’une campagne électorale quand le méchant peuple écoute. Ceux-là qui proposent de confier l’avenir de notre société aux seuls experts savent-ils qu’ils sont les meilleurs alliés de la Meute, qui cherche à convaincre les gens que quelqu’un quelque part essaie de leur en passer une vite ?

Faux dilemme

Il en va de même de la survie du français, qui n’est pas une question accessoire dans l’expérience québécoise. On a beau penser que les changements climatiques représentent une menace plus urgente, une planète non polluée où tout le monde parlerait la même langue serait un endroit plutôt terne.

À la fin, l’argument selon lequel il y aura toujours des thèmes plus importants peut être repris par n’importe qui, sur n’importe quel sujet, et constitue néanmoins un sophisme de faux dilemme. La campagne dure 39 jours. Il faut souhaiter qu’elle s’intéresse à autant d’enjeux que nécessaire pour nous gouverner mieux.