/opinion/blogs/columnists
Navigation

L’essoufflement du markéting électoral

L’essoufflement du markéting électoral
PHOTO LE JOURNAL DE QUEBEC

Coup d'oeil sur cet article

Se pourrait-il que les électeurs soient lassés du clientélisme qui caractérise de plus en plus notre classe politique et qu’ils rechercheraient plus d’authenticité chez ces femmes et ces hommes qui font le métier de politicien? Plus encore, les électeurs seraient-ils en quête d’un projet de société porté par des candidates et des candidats aux convictions inébranlables? Les écrits de plusieurs chroniqueurs ainsi que les réactions de mon entourage reflètent effectivement une campagne qui ne soulève pas grand enthousiasme chez des électeurs en quête de plus de sincérité. Se pourrait-il que ce soit bon signe?

Les deux premières semaines de campagne ont été une illustration parfaite des théories exposées par Claude André dans son livre Quand la clique nous manipule. L’auteur décrit et documente à souhait l’attitude d’une classe politique qui se comporte face à l’électorat comme s’il était un marché, décrivant suavement les stratégies des partis et de leurs leaders pour s’accaparer quelques segments de ce marché. La plupart des partis ont annoncé des milliards de dollars en promesses de toutes sortes pour séduire une partie de l’électorat. Les convictions sont à l’avenant pour plusieurs de ces politiciens, car l’important pour eux est de prendre le pouvoir en tentant de nous charmer. Ils misent sur les considérations futures en se moquant bien du sort du peuple. C’est tellement vrai qu’ils deviennent interchangeables et peuvent se promener d’un parti politique à l’autre. Certains poussent l’outrecuidance jusqu’à inviter l’électeur à faire fi de ses convictions.

Il est difficile de croire à la bonne foi des libéraux qui promettent sans compter après toutes les coupures imposées durant leur règne et leur insensibilité à résoudre les problèmes soulevés par de multiples factions de la société civile. Il est raisonnable de s’interroger sur le pourquoi de leur inertie alors qu’ils avaient la possibilité de réaliser des grands pans de ce qu’ils nous promettent aujourd’hui. Tels des gérants de grands magasins, ils nous font maintenant des promesses de rabais, mais il se pourrait très bien que la marchandise soit en souffrance s’ils reprenaient le pouvoir. Il ne faudrait pas douter de leur capacité à imaginer une liste de bonnes raisons pour s’éviter de remplir leurs promesses.

Du côté caquiste, leur campagne est plutôt misérable jusqu’à présent et la reprise de la carte identitaire par le biais des seuils d’immigration révèle une angoisse certaine. Les caquistes n’ont guère plus à offrir que les libéraux au plan économique et François Legault mise maintenant sur la peur de l’étranger pour marquer des points en allant jusqu’à inviter les électeurs péquistes à oublier leur conviction en votant utile pour lui. Il était désopilant de le voir présenter son cadre financier en tentant de nous faire croire que l’arrivée de la CAQ créerait un boum économique, comme il était navrant de le voir agiter les craintes de notre disparition face à l’immigration sans qu’il dispose de données probantes et de solutions cohérentes. Les promesses caquistes mènent assurément à l’austérité et ne nous éloigne en rien des politiques libérales. S’il devait y avoir un vote stratégique, il serait plus opportun que les péquistes d’hier retournent à leurs anciennes amours pour qu’un véritable changement surgisse.

Québec solidaire n’est pas en reste au chapitre des promesses impossibles, mais je ne crois pas que ce soit par souci de clientélisme. Le parti demeure porteur d’une utopie humaniste qui a le mérite de faire réfléchir sur les actions à poser pour une plus grande justice sociale et pour la protection de la planète. Il est en quelque sorte un stimulant pour des politiques progressistes, mais il ne saurait prendre le pouvoir sans rogner sérieusement dans cette image vertueuse de pelleteur de nuages.

Jusqu’à présent, c’est le Parti québécois qui fait preuve de plus de modération dans la valse des milliards et n’eut été de sa libération des boites à lunch, il serait difficile de leur reprocher d’avoir fait excès de clientélisme. Malgré qu’il soit porteur d’un projet plus élaboré qualifiable de projet de société, il semble difficile pour Jean-François Lisée de faire ressortir sa grandeur parmi les listes de cadeaux des autres partis.

Faites vos mises, les jeux ne sont pas encore faits! Libéraux et caquistes entretiennent l’illusion de pouvoir nous donner plus de services tout en baissant les taxes et les impôts, mais l’expérience passée a montré que les contribuables se retrouvent avec moins d’argent et moins de services au bout du processus. Québec solidaire vous promet le ciel moyennant qu’une large partie de vos revenus soient convertis en impôts. Le Parti québécois ose défier les tendances s’abstenant d’annoncer des baisses d’impôt et en s’engageant à édifier un État plus efficace.

Nous aurons un sérieux coup de roulette avec le débat des chefs qui se tiendra cette semaine et il sera intéressant de voir osciller ceux-ci entre le markéting électoral et les projets porteurs ou  entre le clientélisme et les convictions. Comme dirait Claude André, nous pourrons voir lesquels de la clique veulent le plus nous manipuler!