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Donald Trump encore historiquement impopulaire malgré une économie favorable

Donald Trump encore historiquement impopulaire malgré une économie favorable
AFP

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Alors que l’attention du public américain est mobilisée par les rapports internes sur le dysfonctionnement de la Maison-Blanche de Donald Trump et même si l'économie va relativement bien, les plus récents sondages indiquent une baisse significative de l’appui du public au président, qui risque de coûter cher à son parti aux élections de mi-mandat au Congrès, le 6 novembre.

L’économie des États-Unis se porte bien. Le taux de croissance du PIB a fait une poussée à 4,2% au deuxième trimestre et la création d’emploi continue de façon assez constante à maintenir le rythme élevé qu’elle avait atteint pendant les six dernières années de la présidence Obama. Les indices boursiers et la confiance des consommateurs continuent à croître. Normalement, l’opinion publique américaine devrait récompenser son président en lui accordant un taux d’approbation élevé. Avec des indicateurs économiques aussi favorables, les prédécesseurs de Trump ont toujours reçu des taux d’approbation supérieurs à la proportion de l’électorat qui avait voté pour eux et souvent beaucoup plus élevés. Pourtant, Donald Trump n’arrive pas à capitaliser sur ces indicateurs favorables. Au contraire, une tendance à la baisse de son taux d’approbation dans les sondages est en train de s’amorcer.

Les sondages ne concordent pas tous sur des enjeux politiquement chargés comme l’approbation du travail du président, mais la mesure la plus fiable du niveau d’ensemble de l’opinion de l’opinion au sujet du président est fournie par les moyennes de sondages. Quand on le compare à l’évolution des appuis à ses prédécesseurs l’indice calculé par Fivethirtyeight se démarque de deux façons: l’appui public à Trump est remarquablement stable; il est aussi historiquement faible. 

L’indice du site RealClearPolitics est marginalement moins faible, mais le mouvement enregistré au cours de la dernière semaine est plus net. En effet, sur un indice calculé à partir de l’ensemble des sondages, une chute d’environ 2,5 points de pourcentage n’est pas négligeable.

Au-delà de cette baisse, qui répond à une actualité riche en événements alors que les Américains sortent de leur léthargie politique estivale habituelle, ce sont surtout les autres détails des récents sondages qui peignent un tableau dévastateur de la perception du président par le public.

Par exemple, selon le dernier sondage Quinnipiac, 38% des Américains approuvent le travail de leur président et 54% désapprouvent. Donald Trump croit que ses détracteurs ne se rendent tout simplement pas compte de l’état de l’économie, mais ce sondage observe que 70% des Américains croient que l’état de l’économie est excellent ou bon. Manifestement, l’insatisfaction est ailleurs. Elle est centrée sur le jugement sévère du public sur le comportement et le tempérament du président, et les efforts de ce dernier pour attirer l’attention vers ses performances économiques semblent avoir un effet limité. Selon Quinnipiac:

  • 60% croient que le président ne partage pas les valeurs des électeurs (33% disent oui) et 55% croient qu’il ne se préoccupe pas du sort du citoyen moyen (41% disent que oui);
  • Même si une courte majorité de 51% croient que Trump est «intelligent» (42% croient que non), près des deux tiers (65%) croient qu’il est instable (not level-headed), alors que 30% le croient stable.
  • 60% croient que Donald Trump n’est pas une honnête (32% disent que oui);
  • 55% croient que Donald Trump est inapte à occuper ses fonctions (41% disent oui).

Les chiffres du sondage publié par CNN hier sont comparables. L’approbation de Trump est à 36% (désapprobation à 58%), en baisse abrupte de six points depuis le sondage CNN d’août. Comme le sondage précédent, CNN obtient des niveaux faibles et en baisse sur les perceptions d’empathie et d’honnêteté de Trump. Le public n’ignore pas l’économie dans son évaluation du président. En fait, 49% approuvent son action dans ce domaine, contre 44% qui le désapprouvent. Mais la confiance envers Trump s’effrite. Seuls 40% croient Trump capable d’apporter des changements nécessaires à Washington (contre 45% en mars dernier). Aussi peu que 32% se disent fiers d’avoir Donald Trump comme président, ce qui est nettement plus faible que sa part du vote en 2016. Enfin, un maigre 30% des Américains croient que Donald Trump peut réunifier un pays plus divisé que jamais.

Bref, à un moment où la performance économique du pays devrait favoriser l’opinion à l’endroit du président, les écarts de comportement et les travers du tempérament de Donald Trump plombent la mesure de son approbation publique. La sortie aujourd’hui de l’ouvrage de Bob Woodward, qui occupera une bonne partie de la discussion sur le président pour les jours et semaines à venir, accentuera probablement cette tendance à la baisse (voir mon billet de la semaine dernière sur l’impact initial de la publication de quelques extraits du livre de Woodward). Ces révélations s’ajouteront à l’accélération des condamnations liées à l’enquête du procureur Mueller pour mettre à rude épreuve la base partisane de Donald Trump. Le président garde en effet la confiance d’une solide majorité des républicains, mais sa capacité de se gagner l’appui des indépendants et des démocrates est de plus en plus faible. Le problème est qu’il a réussi à s’aliéner le reste de l’électorat au point où même une économie qui tourne à plein régime (grâce, il faut le dire, à un gonflement considérable du déficit) ne permet pas à Donald Trump de trouver grâce aux yeux du public.

Quel sera l’impact de tout ceci sur les perspectives électorales des républicains aux élections législatives de mi-mandat? La baisse récente des appuis à Donald Trump semble être accompagnée d’une baisse à peu près équivalente des intentions de vote pour les républicains du Congrès aux élections du 6 novembre, mais l’élection au Congrès est une tout autre dynamique, sur laquelle je reviendrai bientôt. Pour le moment, je me contenterai de dire que la popularité du président est un des principaux facteurs de prédiction de la direction du vote lors des élections de mi-mandat. Ça augure donc plutôt mal pour les républicains le 6 novembre, malgré une économie favorable, et si Donald Trump doit coexister avec un Congrès même partiellement démocrate, les choses devraient aller encore plus mal pour lui. 

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM