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Un nouvel épouvantail

Le premier débat des chefs ayant lieu jeudi, François Legault a décidé de mettre lui-même la table.
Capture d'écran, TVA Nouvelles Le premier débat des chefs ayant lieu jeudi, François Legault a décidé de mettre lui-même la table.

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Le premier débat des chefs ayant lieu jeudi, François Legault a décidé de mettre lui-même la table. Tant qu’à subir un tir groupé des trois autres chefs, il a choisi de lancer un nouveau thème dans l’arène : immigration et défense du français. Son objectif stratégique est évident : polariser le débat entre les libéraux opposés à toute diminution de l’immigration et la CAQ qui y est favorable.

Pour Philippe Couillard, privé de l’« épouvantail » de la souveraineté, c’est l’occasion de rapailler ses électeurs non francophones en brandissant celui d’une CAQ « intolérante » aux immigrants et « antiéconomique » en situation de pénurie de main-d’œuvre. Pas étonnant d’entendre M. Couillard en faire sa « question de l’urne ».

En parlant d’immigration et en appelant dès maintenant au « vote stratégique », M. Legault tente aussi de freiner la modeste remontée du Parti québécois. Car si jamais dans l’isoloir, le PQ se hissait au-dessus des 20 %, la CAQ pourrait devoir se contenter d’une victoire minoritaire, ou pire.

Sur le fond

Une fois la stratégie analysée, que reste-t-il sur le fond de la question ? Le débat sur l’immigration et la fragilité du français est légitime. Le vrai problème est dans l’approche saucissonnée des partis sur ces enjeux pourtant existentiels.

Les chefs se crêpent le chignon sur le nombre idéal d’immigrants par année : Jean-François Lisée en veut 40 000 ou moins, François Legault, 40 000, Philippe Couillard, plus de 50 000. Dans ce drôle de bingo, on escamote la vraie question. Comment se fait-il que 41 ans après l’adoption de la loi 101, la francisation des nouveaux arrivants pose encore autant problème ?

Sauf pour le PLQ, en déni perpétuel, certains le découvrent tout à coup. Ce constat est pourtant documenté depuis belle lurette. Dès 1996, j’avais moi-même codirigé un bilan gouvernemental sur l’état du français au Québec. Nous avions documenté plusieurs voyants jaunes qui s’allumaient déjà. Notre conclusion était qu’il fallait agir pour renforcer à nouveau le français comme langue nationale et d’intégration.

Or, aucun gouvernement n’a vraiment bougé. Ça, c’est la mauvaise nouvelle. La bonne est qu’il n’est pas trop tard. Le Québec doit renforcer sa politique d’aménagement linguistique. Les moyens sont archi-connus, dont ceux-ci.

Invitation

1) Étendre la loi 101 aux moyennes entreprises. À Montréal et dans l’Outaouais, l’anglicisation des milieux de travail est troublante. À quoi bon sélectionner des immigrants pour leur maîtrise du français si, pour travailler, on les oblige tout de suite à parler anglais ?

2) Sauf pour la communauté anglophone, le gouvernement doit cesser d’offrir ses services « dans les deux langues ». Cela rend l’usage du français carrément optionnel.

3) La francisation des immigrants adultes doit être obligatoire, accessible, mais sans menace d’échec.

4) Que l’Office québécois de la langue française cesse d’être une potiche inutile.

Bref, tout en encourageant l’apprentissage d’autres langues, il s’agit de rendre le français aussi nécessaire à la vie quotidienne que l’anglais dans le reste du Canada. Cette approche globale était celle de la loi 101 originelle, affaiblie depuis par les tribunaux et l’inaction des gouvernements.

En 2018, le retard est manifeste. Il faudra mettre les bouchées doubles. Ça coûtera ce que ça coûtera. La langue française est le cœur de l’identité québécoise. Elle ne cherche pas à exclure, mais à inclure. C’est une invitation à partager la même maison. Il serait temps qu’on s’en souvienne.