/sports/opinion/columnists
Navigation

Canadien: les dessous de l'échange de Max Pacioretty

Bergevin et Pacioretty ont convenu d’agir dans leur meilleur intérêt jeudi dernier

Max Pacioretty
Capture d'écran, Golden Knights de Vegas Les Golden Knights ont souhaité la bienvenue à Max Pacioretty, sur leur site internet.

Coup d'oeil sur cet article

Vous rappelez-vous ce que Geoff Molson avait déclaré en guise d’appui à Marc Bergevin lorsque le directeur général du Canadien avait dénoncé la mauvaise attitude au sein de ses troupes dans son bilan de la saison dernière ? « Ceux qui ne sont pas prêts à changer ne seront pas là l’an prochain », avait lancé le président de l’équipe sur un ton qui se voulait sans équivoque. Depuis, Alex Galchenyuk a été échangé aux Coyotes de l’Arizona et Max Pacioretty est membre des Golden Knights de Vegas depuis tôt hier matin.

Les médias n’ont pas manqué de demander à M. Molson s’il y avait un lien à faire entre sa déclaration et les départs des deux joueurs, plus tard lors du tournoi de golf de son équipe au club Laval-sur-le-Lac.

« On parlait de l’équipe en entier, pas seulement d’un ou deux joueurs », a-t-il répondu.

Pour le meilleur ou pour le pire, Pacioretty ne fait donc plus partie de l’organisation qui l’avait repêché en 2007. Selon toutes les indications, la situation était devenue trop toxique pour que le Canadien et l’attaquant américain continuent à faire vie commune.

Le différend qui les opposait avait déjà entaché deux tournois organisés au profit de causes caritatives, celui-là même parrainé par Pacioretty il y a deux semaines et celui de Jonathan Drouin la semaine dernière. Il y avait eu déjà assez de dégâts.

Le sort en était jeté depuis que Bergevin avait rejeté une offre de Pacioretty de tout effacer et de repartir à neuf le jour ou le lendemain de son tournoi.

Point de non-retour

Lors du tournoi de Drouin, jeudi dernier, les deux parties ont convenu qu’il était dans leur meilleur intérêt de mettre un terme à leur association dans les plus brefs délais.

Bergevin a rappelé son homologue des Golden Knights, George McPhee, avec qui il avait eu des pourparlers depuis le repêchage de juin dernier. McPhee avait jusqu’à 19 h hier soir pour conclure une prolongation de contrat avec Pacioretty, sans quoi il n’y aurait pas de transaction.

L’ancien capitaine du Canadien a accepté les modalités d’une entente qui lui rapportera 28 millions $ sur quatre ans à compter de l’an prochain.

Voilà pour la chronologie des événements.

Pas d’amélioration pour l’instant

Et maintenant, la question : quelle évaluation peut-on faire de cette transaction ?

Qu’en pensent notamment les joueurs du Canadien ?

En surface, ils disent regretter le départ de Pacioretty, tout en ajoutant que les échanges font partie du métier. Mais en catimini, ils s’en trouvent pour dire que cette transaction ne change l’équipe en rien pour le moment. En d’autres termes, le Tricolore n’est pas supérieur à la saison dernière.

Tomas Tatar n’a pas répondu aux attentes après avoir obtenu un contrat d’une valeur de 21,2 millions pour quatre ans des Red Wings de Detroit, l’an dernier.

Le directeur général des Red Wings, Ken Holland, a rajusté son tir à la date limite des transactions en l’échangeant aux Golden Knights en retour d’un choix de première ronde cette année, d’un choix de deuxième ronde l’an prochain et d’un choix de troisième ronde en 2021.

Tatar a déçu à tel point dans la ville du péché que Gerard Gallant l’a laissé de côté pour plusieurs matchs dans les séries éliminatoires, incluant les trois premiers de la finale de la Coupe Stanley contre les Capitals de Washington.

À l’instar de Holland, McPhee n’a pas lésiné avec Tatar. Il était prêt à retenir près de 10 pour cent du salaire restant aux trois ans du contrat de l’attaquant slovaque pour s’en départir. Mais Bergevin n’avait probablement pas le choix d’acquérir Tatar pour mettre le grappin sur le jeune Nick Suzuki.

Plus que cinq survivants

Le nouveau venu devra trimer dur pour gagner le respect de ses nouveaux coéquipiers. Pacioretty avait ses alliés dans le vestiaire. On est en droit de penser que Tomas Plekanec, Carey Price, Brendan Gallagher, Jeff Petry et Paul Byron avaient voté en sa faveur lorsqu’il est sorti vainqueur du scrutin tenu auprès des joueurs, lors de son élection comme capitaine il y a trois ans.

Eh oui ! Les cinq joueurs mentionnés plus haut sont tout ce qui reste des joueurs réguliers de cette époque. Et Pacioretty est le cinquième gros nom à partir après P.K. Subban, Andreï Markov, Alexander Radulov et Galchenyuk.

C’est beaucoup !

Subban et Markov ne voulaient pas partir. Radulov est parti pour une question d’argent, et on estimait du côté de la direction que l’on n’avait plus rien à gagner avec Galchenyuk.

Le départ de P.K. devait tout régler

Il faudra voir si la fameuse attitude dont a parlé Bergevin, en avril dernier, sera meilleure cette saison maintenant que Pacioretty est parti.

On disait que pratiquement plus aucun joueur ne pouvait supporter Subban. C’était un secret de Polichinelle qu’il n’était pas dans les bonnes grâces de Michel Therrien et de Bergevin non plus.

S’il est une chose, le Canadien a perdu beaucoup de caractère lorsqu’il s’est départi de Subban. Il était peut-être trop centré sur lui-même, mais personne ne peut nier qu’il se présentait pour jouer. Il avait joué un grand rôle dans la remontée du Canadien contre les Bruins en deuxième ronde des séries, en 2014.

À cet égard, Pacioretty n’a pas été aussi efficace et productif en séries. Il n’aura marqué que 10 buts et totalisé 19 points en 38 matchs. Mais après avoir connu sa pire saison l’an dernier, il pourrait rebondir avec les Golden Knights, de qui il avait dit dernièrement que le Canadien pourrait s’inspirer cette saison.

Il sera probablement utilisé avec Paul Stastny, qui a tourné le dos au Canadien en juillet dernier en apprenant qu’il ne connaissait pas son propre statut avec l’équipe pour la campagne à venir. Les deux avaient connu beaucoup de succès en jouant ensemble avec l’équipe américaine au Championnat du monde de 2012.

Ça va chialer dans les chaumières si Pacioretty marque 35 buts cette saison.

Quelle reconstruction ?

Marc Bergevin persiste et signe. On a beau dire que le Canadien est en reconstruction, il s’inscrit en faux.

Pourquoi pense-t-il ça ? lui ai-je demandé, hier matin.

« On a tous une définition différente de ce mot [reconstruction] », a-t-il commencé par dire.

« Quand tu as des joueurs comme Carey Price et Shea Weber, c’est qu’on a besoin de leaders. Pour parler de reconstruction, tu dis, par exemple, que tu échanges les gars en haut de 27 ou 28 ans. Ce n’est pas ce qu’on fait.

« Je ne suis pas prêt à utiliser ce mot. Ça veut dire qu’on change tout et qu’on recommence à zéro. On fait un refresh [relance]. On apporte des changements en cours de route. On veut être compétitif et faire les séries cette année. »

C’est la grâce qu’on leur souhaite, mais on ne voit pas comment ils pourraient y arriver. Weber ne sera pas disponible avant décembre, et la ligne de centre demeure une grande faiblesse.

Pas de garantie pour le premier choix

Bergevin a ajouté une deuxième raison dans son explication.

« De la façon dont la loterie est organisée de nos jours, tu peux finir au dernier rang sans avoir la garantie d’obtenir le premier choix. Tu peux descendre au troisième ou quatrième rang », a-t-il fait valoir.

Les amateurs qui rêvent de voir le Tricolore repêcher Jack Hughes, vu comme le premier choix de l’an prochain, et/ou Alexis Lafrenière en 2020 feraient donc mieux de ne pas s’emballer.

Il faudrait que le Canadien termine dernier ou avant-dernier pour avoir les meilleures chances, mais Bergevin ne voit pas la chose de cet œil.

Reste qu’il faudrait que Carey Price joue comme il l’a fait lors de la saison 2014-2015 – et encore – pour que le Canadien accède aux séries le printemps prochain.

Que pense-t-il, à propos, de son équipe ?

« Je sais que tout le monde ne nous voit pas dans les séries », a-t-il répondu.

« Ça va me servir d’inspiration et j’espère qu’il en sera de même pour tous les joueurs de notre formation. »

À VOIR AUSSI