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À titre indicatif seulement

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MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

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La nouvelle publiée par le Journal, sur la Ville de Saint-Tite qui se protège contre les Hells Angels, fait contraste avec le traitement des corps policiers de la Montérégie, de la SQ et de la GRC lors de leur grand rassemblement canadien tenu à Saint-Charles-sur-Richelieu. Alors qu’à Saint-Tite, la municipalité veut rendre leur présence invisible, en Montérégie les corps policiers ne s’employaient pas à rendre leur présence discrète. Les tactiques policières peuvent expliquer cette différence de traitement, il est toutefois raisonnable de se demander si certaines tactiques ne contribuent pas involontairement à l’apologie de la criminalité.

Un règlement municipal de la Ville de Saint-Tite interdit à toute personne de vendre ou de porter, sur le territoire de la municipalité, un vêtement à l’effigie d’une bande criminelle. Plus précisément le règlement stipule l’interdiction suivante : « L’utilisation, la vente, l’exposition ou la distribution d’objets identifiant une personne, une organisation ou un groupe dont un ou certains membres ont fait l’objet de condamnation pour des infractions en matière de violence, de stupéfiants et/ou d’organisation criminelle ou qui font la promotion de tout autre acte de nature à troubler la paix ou la tranquillité publique. » Dans l’application de ce règlement les policiers auraient obligé quelques sympathisants des Hells à retirer leur veste et ont même signifié une contravention.

Du côté de Saint-Charles, on a installé des barrages policiers qui passaient au crible chacun des convives du grand rassemblement, ce qui avait l’effet d’amplifier leur exposition publique et instiller une image d’invulnérabilité pour le groupe de motards. Comme effet publicitaire, il était difficile de faire mieux pour les Hells alors que l’action policière contribuait à l’impression d’une toute puissance qui peut séduire beaucoup de jeunes aventureux.

Les restrictions sur les objets promotionnels de groupes criminalisés a fait l’objet d’un débat au Parlement canadien avec le projet de loi C-349 présenté par le Bloc québécois qui visait à rendre illégal le port d’un emblème démontrant l’appartenance d’un individu à un groupe criminalisé. Le projet de loi a été battu à plate couture par la Chambre en octobre 2017 au compte de 18 pour et 261 contre. Les libéraux de Justin Trudeau invoquaient la liberté d’expression et les chartes pour justifier leur refus. Cet épisode rend d’autant plus singulière l’attitude de la Ville de Saint-Tite qui contre vents et marées veut à tout prix protéger son festival d’une appropriation culturelle par des groupes criminalisés. Chartes et liberté d’expression n’ont pas semblé la freiner dans ses volontés d’assurer l’ordre et la loi.

Ce n’est pas d’hier que l’attitude du gouvernement fédéral parait ambigüe à l’égard des groupes criminalisés malgré qu’une loi antigang ait été adoptée. La ministre québécoise de la Justice, Linda Goupil, plaidait en 2000 pour un renforcement de la loi. Yves Boisvert déplorait en 2009 le laxisme gouvernemental en ne déclarant pas les Hells groupe criminel. Michel Auger affirmait en marge de la parution de son livre en février 2017 que le public avait l’impression que les Hells avaient gagné et que la loi antigang manquait de dents.

Finalement, la loi antigang n’est peut-être qu’à titre indicatif sans plus de contraintes. Errance ou clairvoyance, je vous laisse le soin de juger Saint-Tite!