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Éducation à la sexualité: Des profs devront être formés le soir

Le manque de personnel vient compliquer la formation des enseignants sur l’éducation à la sexualité

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Des enseignants seront formés le soir en heures supplémentaires au nouveau programme d’éducation à la sexualité afin d’éviter d’avoir recours à des suppléants, que les écoles s’arrachent en raison de la pénurie de personnel.

Des milliers d’enseignants de la région métropolitaine devront être formés cet automne en vue du nouveau programme d’éducation à la sexualité, qui était censé être de retour dans toutes les écoles du Québec pour la rentrée il y a deux semaines.

C’est ce qu’ont expliqué les représentants des commissions scolaires de Montréal (CSDM), de la Pointe-de-l’Île (CSPI) et de Laval (CSDL), réunis en conférence de presse hier.

Or, pour former les profs, il faut les libérer. C’est-à-dire les remplacer par des suppléants en classe alors qu’une pénurie de personnel sévit dans les écoles.

« C’est assurément un défi », avoue Louise Lortie, présidente de la CSDL. Elle estime que quelque 1500 de ses profs devront être formés cet automne sur les 4000 de sa commission scolaire.

Les profs seront donc essentiellement formés pendant les journées pédagogiques, qui servaient déjà à autre chose, comme la préparation des cours ou les réunions.

Mais à la CSDM, certains suivront aussi la formation le soir, après la fin des classes, indique Pierre Chartrand, coordonnateur des services éducatifs complémentaires.

Les profs n’en ont toutefois pas encore été informés. Les détails devraient leur être communiqués à la fin septembre, précise-t-il.

Heures supplémentaires

Cette solution est déjà utilisée depuis près de deux ans à la CSDM pour contourner la pénurie. Plutôt que de payer un suppléant, la commission scolaire doit tout simplement payer des heures supplémentaires à l’enseignant.

Le ministère de l’Éducation alloue d’ailleurs un montant de 1000 $ par école afin de libérer les profs pour les former à l’éducation à la sexualité. Une somme dérisoire, selon Sylvain Malette de la Fédération autonome de l’enseignement.

Il en coûte plus de 200 $ pour libérer un enseignant pendant une journée, estime-t-il. Ainsi, seulement cinq enseignants par école pourraient être dégagés pour cette durée. « Ça n’a pas de bon sens », s’exclame-t-il.

Tard hier soir, le ministère n’avait toutefois pas confirmé cette estimation.

Capsules vidéo

Les trois commissions scolaires réunies hier assurent qu’elles seront prêtes, notamment parce qu’elles ont collaboré entre elles.

La CSDM a créé 12 capsules vidéo qui pourront être utilisées dans les classes du primaire. Le thème des agressions sexuelles n’est toutefois pas abordé dans les vidéos, mais sera couvert par des intervenants de l’extérieur en présence de l’enseignant.

La CSDL a quant à elle créé une vidéo à l’attention des parents afin de les informer du contenu du programme et de les rassurer.

« Le matériel, il est là. Il est prêt », résume Miville Boudreault, président de la CSPI.

Confusion chez les enseignants

Nathalie Lefebvre, Enseignante 1re secondaire
Photo Dominique Scali
Nathalie Lefebvre, Enseignante 1re secondaire

Des enseignants ne savent toujours pas qui sera formé à l’éducation à la sexualité, ni même si leur direction est à la recherche de volontaires.

« La confusion est généralisée », dit Sylvain Malette de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente plus de 34 000 profs dans la grande région de Montréal.

Le ministre de l’Éducation avait déclaré au printemps qu’aucun prof ne serait obligé d’enseigner le programme.

Or, deux semaines après la rentrée, les profs de certains milieux n’ont pas encore été interpellés.

« On ne nous a jamais demandé qui était volontaire », témoigne un enseignant d’une école primaire de l’ouest de Montréal, qui préfère taire son nom pour éviter les représailles.

Il soupçonne que les professeurs titulaires de classe seront chargés de présenter le contenu à leurs élèves, qu’ils soient volontaires ou pas, mais il peine à obtenir des réponses à ses questions.

« Les commissions scolaires sont incapables de dire quels seront les services et les ressources à la disposition des profs », corrobore Sylvain Malette.

Pas tout noir

Le Journal publiait la semaine dernière que le contenu du programme ne sera pas vu en classe avant janvier dans bon nombre de commissions scolaires.

« On nous dit : ne vous inquiétez pas, ce ne sera pas avant l’hiver. Mais maîtriser ces contenus, ça prend du temps [...] Tout cela témoigne d’un mépris à l’endroit des enseignants. Comme s’ils n’étaient que de simples exécutants », explique M. Malette.

Le bilan de la deuxième année des projets pilotes du nouveau programme n’a d’ailleurs toujours pas été rendu public, rappelle-t-il. « Qu’est-ce qu’ils ont à cacher ? »

Selon Nathalie Lefebvre, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. La prof de l’école Saint-Martin de Laval a enseigné l’éducation à la sexualité dans le cadre des projets pilotes ces dernières années.

« Ça a été très bien accueilli, autant par les élèves que par les parents [...] Les jeunes sont très curieux et ils veulent comprendre. »

L’éducation à la sexualité dans la région de Montréal

Profs à former à la CSDL 1500 sur environ 4000

Vidéo créée pour les parents dure 3 minutes sous-titrée en 5 langues espagnol, anglais, arabe, créole, haïtien et arménien

Vidéo créée pour les élèves 12 capsules pour le contenu du primaire durent 20 minutes ou moins