/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Peut-on rire des femmes noires ?

La caricature controversée
Capture d'écran du compte Twitter de Mark Knight La caricature controversée

Coup d'oeil sur cet article

Si je rencontrais un jeune qui veut devenir caricaturiste, je lui conseillerais vivement... de changer de carrière.

En plus de vivre dans une ère où on ne peut plus rien dire, bientôt on ne pourra plus rien dessiner.

Quand c’est rendu que tu te fais traiter de raciste sexiste si tu caricatures une femme noire, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui ne savent pas qu’une caricature consiste à présenter un individu sous un jour peu flatteur... peu importe l’individu.

DÉFORMER, EXAGÉRER, RIDICULISER

La championne de tennis Serena Williams a pété les plombs et cassé une raquette aux US Open (Réjean Tremblay dit carrément qu’elle a fait une folle d’elle).

Or, un caricaturiste australien, qui a montré Williams casser une raquette et faire une folle d’elle, se fait traiter de raciste sexiste... par nulle autre que JK Rowling.

C’est bizarre que l’auteure de Harry Potter, qui gagne sa vie avec des mots, ne sache pas la définition de caricature, qui tourne autour de trois axes :

1- « déformation »,

2 - « exagération »,

3 - « ridiculiser le modèle ».

Exemple : y a-t-il un seul caricaturiste sur la planète qui ne se soit pas amusé à déformer, exagérer, ridiculiser le toupet orange fluo de Donald Trump ?

Mais quand leur « victime » est non pas un homme blanc, mais une femme noire, les caricaturistes devraient laisser leurs plumes aiguisées sur la table à dessin et les troquer pour des crayons pastel ? De la caricature à géométrie variable, quoi ?

Régis Labeaume est un homme de petite taille. Faudrait-il arrêter de le représenter comme un homme de petite taille sous prétexte que c’est offensant pour les hommes de petite taille ?

Quand ils représentaient Sam Hamad, les caricaturistes se moquaient de ses phrases toutes croches. Est-ce que ça veut dire que c’était une bande de racistes, se moquant d’un politicien d’origine syrienne ? Noooooon, c’est que Hamad parlait comme ça !

Pensez-vous que Gilles Duceppe a aimé se faire dessiner pendant des années avec un petit bonnet sur la tête après son passage dans une fromagerie ?

Ou que Jean Chrétien appréciait de se faire dessiner avec la bouche croche ?

Combien de fois Martine Ouellet a été montrée avec un nez de Cyrano ? Faut-il accuser­­­ les caricaturistes de sexisme s’ils ont accentué cette caractéristique ?

Aurait-il fallu que les caricaturistes s’empêchent de représenter Michaëlle Jean en princesse aux lèvres charnues et aux cheveux bouclés en mal « d’eau chauuuuude », sous prétexte que c’est une femme noire ?

Vous vous rappelez Mikhail Gorbachev, le chef d’État russe ? Il avait sur le visage une énorme tache de vin. Mais sur les portraits officiels, on l’avait miraculeusement photoshoppée. C’est ça qu’on veut, une représentation aseptisée des personnalités publiques pour ne faire de « pépeine » à personne ?

La seule chose qui devrait être dénoncée dans des caricatures ce sont les propos diffamatoires, mensongers et les appels à la haine.

LA BOUCHE DE NOS CRAYONS

Salman Rushdie disait : « La liberté d’expression ne signifie rien si elle ne comprend pas la liberté d’offenser ».

Si certains sont offensés par la caricature de Serena Williams, tant pis. Qu’ils ne viennent pas mettre des bâtons dans les roues de la liberté d’expression des créateurs.