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Transport : ne nous soumets pas à la tentation...

Transport : ne nous soumets pas à la tentation...
CHRISTOPHER NARDI/AGENCE QMI

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Tout parti qui espère prendre le pouvoir à Québec se doit désormais de proposer des engagements pour favoriser le transport collectif et la mobilité durable dans la métropole. Le contraire déclasserait instantanément le prétendant. Tant mieux, il était temps ! Les vieux réflexes ne sont pas loin toutefois. À une époque, on promettait l’asphaltage du rang; aujourd’hui, on fait miroiter la station de plus ou la voie réservée. La planification et le financement du transport collectif ne peuvent malheureusement pas se réaliser en fonction de la carte électorale.

Un remède à risque d’être politisé

Selon la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), la congestion routière coûtera jusqu’à 4,2 milliards en 2018, le double d’il y a 10 ans. Cette spirale ne peut plus continuer. Chacun des partis a son plan de mobilité durable pour la région métropolitaine – le Grand Déblocage au Parti Québécois, le Réseau express métropolitain (REM) que poursuivent les libéraux, les 38 stations de métro de Québec solidaire, ou encore les tramways de la Coalition Avenir Québec. Et malheureusement, certains y ajoutent sans réserve élargissements ou prolongements d’autoroutes. Ces dernières solutions sont pourtant connues comme de fausses bonnes idées pour alléger la congestion. Sans compter les impacts négatifs sur l’environnement, la santé et l’aménagement de nos milieux de vie. Un réseau efficace de transport collectif et une offre variée d’options de mobilité durable s’imposent comme remède à la congestion.

Du côté de l’électorat, surf politique sur la vague électorale de la ligne rose, exaspération de la classe sardine, ou ras-le-bol de la congestion chez les navetteurs, les partis provinciaux l’ont bien compris. C’est tentant de prendre le crayon et dessiner un plan de transport collectif pour charmer l’électorat convoité. Ces futures cartes de métro ou encore ces lignes de couleurs qui traversent les couronnes entre le point A et le point B sont attrayantes. Et possiblement payante électoralement.

Éviter un retour en arrière

Pourtant, l’un des freins au développement du transport collectif dans la grande métropolitaine était précisément la politisation de la planification du transport. Dit autrement, tous tiraient la couverte de leur bord ! À vouloir séduire l’électorat, les partis oublient volontairement les années improductives qui ont pourtant mené vers une nécessaire gouvernance métropolitaine composée notamment d’experts indépendants.

C’est pour cette raison qu’a été créé en 2016 l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) afin d’instaurer une nouvelle gouvernance métropolitaine du transport collectif (projet de loi n° 76). C’est elle qui est dorénavant responsable de planifier, d’organiser, de financer et de promouvoir les services de transport collectif [...] et de favoriser l’intégration des services entre les différents modes de transport. Pour ce faire, une vaste consultation se déroulera jusqu’à la fin 2019. Bien que moins séduisant que la promesse d’une énième station de métro, les partis provinciaux doivent s’engager à reconnaître cette instance de planification métropolitaine et à être à l’écoute de cet exercice stratégique.

Le cul-de-sac de la tentation électorale

Ces promesses attrayantes auprès des électeurs frapperont un obstacle de taille au lendemain du 1er octobre. Au Québec, pour la prochaine décennie, 70% des investissements en transport iront aux routes, 30% au transports collectifs. Chez notre voisin Ontarien, c’est l’inverse. Prendre cette direction serait le choix logique et permettrait des solutions structurantes et planifiées. Ça tombe bien, c’est dans la cour du gouvernement provincial que cette révision peut se jouer.

Pourtant, parmi les prétendants, combien de partis oseront renverser la vapeur et offrir la plus grande part du financement des infrastructures de transport au transport collectif ? Et au passage, remettre sur les tablettes des projets autoroutiers annoncés en grande pompe ou tirer un trait sur des 3e voies ? Le poids de la carte électorale aura probablement force d’inertie, rien pour nous empêcher de tourner en rond pour quelques années encore.