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Combien d’immigrants, M. Couillard?

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Le débat des chefs de ce soir sera encore plus crucial que d’habitude.

Je peux me tromper, mais je crois que Philippe Couillard s’est mis dans de beaux draps.

Il cherche à ses pieds la grenade dégoupillée qu’il préparait pour ses adversaires.

Oups !

Il a voulu faire de l’immigration la proverbiale question de l’urne, c’est-à-dire celle que l’électeur devrait avoir en tête au moment de voter.

Pour lui, c’est : Êtes-vous en faveur de plus d’immigration ou moins ?

Pour le dire à la sauce libérale : êtes-vous pour la liberté et la tolérance ou pour la fermeture et l’intolérance, comme ces affreux de la CAQ ou du PQ ?

Il pimentera son ragoût avec ses habituels sophismes et raccourcis sur la pénurie de main-d’œuvre, sachant parfaitement que personne ne consulte les travaux qui démentent cela.

M. Couillard parle sur la base d’une conviction sincère et d’un double calcul.

Sa conviction est identique à celle de Justin Trudeau : l’immigration est uniformément bénéfique et c’est un crime éthique que d’émettre le moindre bémol.

Son calcul repose, d’abord, sur le fait qu’à 17 % d’appuis chez les francophones, M. Couillard sait qu’il ne peut guère descendre plus bas.

Chez les francophones, la carte du « toujours plus d’immigrants » n’est pas gagnante.

Nous n’avons pas de chiffres récents sur l’opinion des Québécois (francophones et non-francophones) concernant l’immigration au Québec, mais nous en avons concernant leur opinion pour tout le Canada (Angus Reid, août 2018) : 7 % des résidents du Québec trouvent que le Canada ne reçoit pas assez d’immigrants; 13 % ne savent pas; 29 % trouvent le volume actuel satisfaisant; 51 % trouvent qu’il devrait être réduit.

Largué par les francophones, M. Couillard a donc désespérément besoin, plus que jamais, de l’aide des non-francophones, chez qui l’immigration et la suspicion envers le Québec français font recette.

Depuis belle lurette, j’entends que les anglophones et les allophones en ont assez d’être tenus pour acquis par le PLQ.

Mais quand on compte les votes, ils sont au rendez-­vous pour le PLQ, rain or shine.

Bilan

Le second volet du calcul politique de M. Couillard est qu’en amenant le débat sur un terrain où il se drapera dans la vertu et salira ses adversaires, il éloignera les projecteurs des 15 années de régime libéral.

On parlera moins du fiasco Bombardier, de la corruption, de son propre recours à un paradis fiscal, des compressions pour faire pleuvoir des cadeaux juste avant de voter, etc.

MM. Legault et Lisée devraient prendre la balle au bond, ne pas céder un pouce et marteler sans cesse : combien d’immigrants, M. Couillard ?

On veut un chiffre : 60 000 ? 70 000 ? Combien ?