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Des tweets qui révèlent le pire de Trump

Des tweets qui révèlent le pire de Trump
AFP

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Deux tweets que Donald Trump a publiés ce matin au sujet du bilan des ouragans qui ont frappé Porto Rico l’an dernier révèlent, en quelques lignes, tout ce qui cloche avec le personnage.

Depuis quelques jours, Donald Trump mène une opération de réécriture de l’Histoire au sujet de l’impact des ouragans Irma et Maria, qui ont dévasté le territoire américain de Porto Rico, coup sur coup, à l’été de 2017. On se souviendra entre autres du délai de réaction de son administration face à cette catastrophe qui a frappé l’île. La différence entre la réaction aux ouragans qui ont frappé la Floride et le Texas pendant la même saison et celle qui a suivi les ouragans à Porto Rico est peut-être due au fait que les plus de trois millions de citoyens américains qui habitent cette île des Caraïbes n’ont ni représentation au Congrès ni droit au chapitre lors des élections présidentielles, ou encore au fait que le groupe ethnolinguistique qu’ils forment représente tout le contraire du partisan typique de Trump. L’image symbolique qu’on retiendra de l’intervention de Trump à Porto Rico est celle du président qui s’amuse à lancer des papiers essuie-tout à la foule venue le rencontrer dans un centre de distribution d’aide.

Le bilan initial des victimes de l’ouragan était d’une trentaine de morts, mais la lenteur et l’insuffisance des secours fédéraux pour la distribution d’eau potable et de denrées essentielles, puis pour la remise sur pied des infrastructures de l’île, ont multiplié ce chiffre dans les mois qui ont suivi par un facteur de 100. En effet, le décompte officiel des victimes des ouragans de l’an dernier se chiffre autour de 3000 personnes, tenant compte des décès attribuables à la détérioration des conditions sanitaires de l’île. Une étude de Harvard publiée dans le New England Journal of Medicine, qui compare les décès de l’année écoulée aux tendances normalement observées et extrapole à partir d'observations détaillées effectuées sur le terrrain sur échantillon représentatif des ménages de l’île, estime plutôt à un peu moins de 5000 le nombre de décès attribuables aux conséquences des ouragans.

Bref, même s’il est impossible de chiffrer avec précision le nombre de ces décès qui auraient pu être évités si l’intervention fédérale avait été mieux menée, les ouragans ont été une tragédie pour Porto Rico et il est tout simplement malhonnête de présenter l’intervention fédérale comme un succès. Bien sûr, Donald Trump n’en croit rien. Selon le président, son administration mérite la note parfaite de A+ pour sa réponse aux ouragans de 2017 à Porto Rico et aujourd’hui, alors qu’une énorme tempête menace d’engloutir des centaines de kilomètres de la côte est, il continue à claironner les succès incomparables de son administration, au mépris total des faits et de la vérité.

Ce matin, en deux salves de moins de 280 caractères, Donald Trump en a remis et les tweets suivants sont peut-être parmi les plus déplorables qu’il ait publiés, et ce n’est pas peu dire.

D’entrée de jeu, le président rejette la validité des statistiques officielles collectées par son propre gouvernement, qui font état d’un bilan de 3000 morts des suites des ouragans. Selon lui, sa visite providentielle a stoppé les effets de l’ouragan et tous les décès qui ont suivi sont dus à des causes naturelles. Pour lui, il est évident que l’analyse scientifique des données qui sous-tend le bilan officiel et les estimations encore plus importantes ne vaut rien. Ces bilans ne sont que des fabulations fabriquées de toutes pièces par ses adversaires politiques pour le faire mal paraître.

Pour l’écrivain Kurt Andersen (voir ici), ces tweets condensent tout ce qui cloche avec le personnage de Donald Trump:

Tout y est. Les travers relevés par Andersen sont typiques des comportements de Donald Trump depuis son entrée en politique: les faussetés, l’ignorance et le déni de la science, l’insensibilité, le mépris des gens de couleur, le narcissisme, la paranoïa, la vantardise, l’insouciance et son sentiment d’être victime d’un grand complot.

Préparons-nous donc pour une nouvelle saison d’ouragans où le personnage principal ne sera sans doute pas le répondant d’urgence anonyme qui risquera sa vie pour aider son prochain. Pour Donald Trump, la tempête Florence qui s’abat sur les Carolines sera l’occasion idéale pour se mettre en valeur et le seul résident de la côte est qu’il cherchera vraiment à ramener à la surface pendant la tempête habite une grande maison au cœur de la capitale.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM