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Affaire Skripal: Les accusés ne convainquent pas la Presse

Affaire Skripal: Les accusés ne convainquent pas la Presse
AFP

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MOSCOU | Entre rires, scepticisme mais aussi signes de soutien, les réactions étaient partagées vendredi en Russie au lendemain de l’étrange interview télévisée des deux hommes accusés par Londres d’avoir empoisonné l’ex-espion Sergueï Skripal et sa fille.

Les observateurs soulignent des réponses vagues, très peu de détails sur leur vie et leurs activités professionnelles ou encore cette improbable référence à «la célèbre cathédrale de Salisbury» que les deux hommes souhaitaient absolument découvrir, quitte à retourner deux jours de suite dans la ville où résidait Sergueï Skripal.

Rouslan Bochirov et Alexandre Petrov, ces simples «touristes» accusés par Londres d’être des agents du renseignement militaire russe (GRU), n’ont pas réellement convaincu la presse russe, au lendemain de leur retentissant entretien à la télévision publique RT, un média considéré en Occident comme l’un des porte-voix majeurs du Kremlin.

Pragmatique, le quotidien Kommersant constatait vendredi que cette prise de parole «n’a pas entraîné une baisse de la confrontation entre la Russie et l’Ouest». Le journal rappelle les nouvelles accusations de «mensonges» de Londres et l’annonce par Washington d’un deuxième train de sanctions économiques, «très sévères», contre la Russie.

Vendredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réagi à ces nouvelles déclarations en estimant qu’»accuser la Russie de mensonge» est «absurde» et en répétant que les deux hommes sont «de simples citoyens» sans «lien avec le gouvernement russe».

Comme de nombreux médias, Kommersant s’interroge sur le fait que les deux suspects n’aient pas montré leurs passeports ni donné plus de détails sur leur vie privée et leur travail.

Le quotidien économique RBK poursuit dans ce sens en soulignant ne pas avoir trouvé dans le registre des sociétés russes d’entreprise enregistrée sous le nom de Bochirov et Petrov alors que tous deux se présentent comme de «petits entrepreneurs» dans le «business du fitness».

RBK souligne aussi que les deux «touristes» n’ont pas été en mesure de prouver, ne serait-ce que par une photo, leur présence dans la cathédrale de Salisbury.

Au-delà des déclarations des deux hommes, ce sont les conditions de l’interview qui rendent perplexes, que ce soit les questions qui n’ont pas été posées ou le fait que de simples citoyens aient pu joindre sur son téléphone personnel Margarita Simonian, la rédactrice en chef de RT, pour organiser cet entretien.

«Beaucoup de choses étranges»

Évoquant une «clownerie», l’éditorialiste Ioulia Latynina propose, elle, une explication «très simple» dans le journal d’opposition Novaïa Gazeta : «En matière de communication, la recette du Kremlin est la suivante : pour chaque version des faits, donnez une contre-version».

Le magazine en ligne Snob s’est amusé de son côté à recueillir les réactions sarcastiques publiées sur les réseaux sociaux.

De nombreux détournements imaginent des dialogues entre Petrov et Bochirov, présentés comme un duo comique, avec des allusions à leur homosexualité supposée, une hypothèse implicitement évoquée par Margarita Simonian au cours de l’entretien télévisé.

Face à ce déluge de parodies, la politologue Tatiana Stanovaïa soutient que l’interview donne une «image diamétralement opposée à celle des agents secrets des films de James Bond». L’objectif est de faire croire que de telles personnes ne peuvent pas être des agents russes, estime-t-elle dans le journal Nezavissimaïa Gazeta,

Les réactions de certains Russes interrogés peuvent cependant donner l’impression que l’interview a atteint son objectif.

«Je pense que ce sont juste deux gars qu’on accuse d’avoir fait ça. Ils sont sous le choc, ils ont peur et ne savent pas quoi faire», réagit Maria Kazimi, une étudiante de 18 ans interrogée par l’AFP à Moscou.

Leonid, un entrepreneur de 58 ans, pense lui que les deux hommes «disent la vérité». Leur récit est «simple et clair» et Leonid ne croit pas à la version des Britanniques.

Interrogé sur le récit des deux hommes et le fait qu’ils sont revenus deux jours de suite à Salisbury, Ivan Raspopov, un employé de 44 ans, glisse avec un sourire entendu que «les Russes font beaucoup de choses étranges quand ils sont à l’étranger».

Mais si l’interview de Rouslan Bochirov et Alexandre Petrov a entraîné beaucoup de réactions, un homme ne l’a pas encore vue. Selon Dmitri Peskov, «il est peu probable» que Vladimir Poutine ait trouvé le temps de la regarder.