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Le boulet de la santé

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Une campagne terne, clientéliste, sans vision ni projet de société. Là-dessus, il y a consensus. Hier soir, au premier débat des chefs, des lignes claires de démarcation sont néanmoins apparues entre les quatre principaux partis. Quatre visions tranchées. Le 1er octobre, les électeurs auront un choix à faire.

La vraie question de l’urne reste toutefois la même : conserver ou congédier le Parti libéral du Québec, au pouvoir depuis 15 ans sauf pour une brève parenthèse de 18 mois ? La sous-question : par quel parti le remplacer ? Depuis des mois, selon les sondages, la CAQ part fortement favorite.

D’où l’immense pression qui pesait sur Jean-François Lisée, chef du Parti québécois. Le PQ se retrouve exclu de l’équation comme alternative « naturelle » aux libéraux. M. Lisée devait donc marquer le pas. Question de stopper l’hémorragie.

Pédagogue et sérieux, le chef péquiste a livré la marchandise. Il a su présenter une vision social-démocrate claire. Après trois ans d’austérité, exemples à l’appui, M. Lisée a défendu l’idée d’un État plus interventionniste sur ses grandes missions : santé, éducation et personnes vulnérables.

Prochain premier ministre ?

Sa mise en veilleuse de l’option souverainiste l’a toutefois empêché de marquer des points sur le thème de la question nationale. Dans des circonstances aussi risquées pour le PQ, il vient tout de même d’en sauver les meubles.

Meneur depuis des mois, François Legault, chef de la CAQ, s’est montré en pleine possession de ses dossiers. Combien d’électeurs y verront leur futur premier ministre ? Telle est la vraie sous-question de l’urne. Sa performance prudente au débat ne lui fera sûrement pas perdre des plumes.

Pour un homme qui devait briller s’il entend vraiment conserver le pouvoir, Philippe Couillard semblait parfois éteint. Il s’est montré incapable de défendre son bilan hautement controversé en santé. Sous les feux nourris de ses adversaires, la santé est apparue comme son principal boulet dont il ne peut plus se délester. Pour un premier ministre lui-même médecin, l’ironie est lourde à porter.

Parfait reflet

Manon Massé de Québec solidaire fut égale à elle-même : sincère, vraie et la seule capable de défendre les gagne-petit en proposant des mesures concrètes comme l’assurance dentaire et la gratuité scolaire jusqu’au doctorat.

Sur l’immigration, comme à l’habitude, Philippe Couillard s’est maladroitement entêté à accuser M. Legault de « faire peur » aux immigrants. Sur la question nationale, l’impression générale était franchement triste. Les quatre chefs se faisant le parfait reflet de l’impuissance politique dans laquelle le Québec est enfermé depuis plus de 20 ans au sein du Canada.

En regardant ce débat, le vrai problème pour les Québécois sautait aux yeux. S’il est vrai que les quatre partis présentent des visions tranchées, il n’en reste pas moins que le choix qui s’offre aux électeurs ne repose plus sur une véritable volonté collective à se projeter ensemble dans l’avenir.

Pour tout dire, la mort décrétée du grand débat national entre fédéralistes et souverainistes rend le paysage politique bien terne. Du moins, pour le moment...