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Départ surprise d’un cadre de l’AMF vers un paradis fiscal

L’embauche de Moad Fahmi aux Bermudes confirmerait « la valeur de son travail »

Boats in the Bay
Photo Fotolia Les membres du comité fintech de l’Autorité des marchés financiers, dont faisait partie Moad Fahmi, ont tous eu de bons mots à l’égard de l’homme qu’ils ont côtoyé à quelques reprises dans le cadre de leurs travaux.

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Un ancien cadre de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a laissé son poste au Québec pour aller travailler dans l’organisme équivalent aux Bermudes, reconnu comme étant un paradis fiscal.

« Que ce soit un Canadien qui va aux Bermudes pour gérer leurs affaires, je trouve ça un peu bizarre. Je me demande comment on verrait ça si un Bermudien venait gérer l’AMF ? » ironise l’auteur de Paradis fiscaux : la filière canadienne, Alain Denault.

Le 16 août dernier, Moad Fahmi, qui travaillait à l’AMF depuis 2012, a abandonné son rôle de directeur fintech qu’il occupait depuis à peine neuf mois pour la Bermuda Monetary Authority (BMA), l’organisme chargé de réguler le système financier des Bermudes.

L’économie canadienne est intimement liée à celle des Bermudes. L’an dernier, les investissements directs étrangers (IDE) des Canadiens là-bas ont dépassé les 40 milliards $. La Bourse de Toronto est actionnaire à 16 % de la Bourse des Bermudes.

Vernis de respectabilité

« Je pense que ce monsieur québécois va aller donner une sorte de gage de respectabilité à cette autorité-là, et au pays en général », estime l’essayiste Alain Denault.

Dans une note interne, le directeur général du contrôle des marchés de l’AMF, Jean-François Fortin, n’a pas manqué de saluer la nouvelle.

« Son embauche par l’Autorité monétaire des Bermudes confirme pour nous la valeur de son travail et la pertinence de nos actions », lit-on.

Pour Franck Jovanovic, professeur à l’École des sciences de l’administration de la TÉLUQ, le fait que l’AMF souligne à gros traits sa contribution n’a rien d’anodin.

« Est-ce qu’il y a un changement de perspective du côté de l’AMF ? Est-ce qu’il y a de futures collaborations qui peuvent se mettre en place ? » se demande-t-il.

« Les Bermudes sont un paradis fiscal extrêmement actif », rappelle le professeur associé en économie à l’UQAM, Julien Martin. Selon lui, le fait que la BMA le recrute « indique que les Bermudes veulent aller dans la direction suivie par l’AMF ».

Choix personnel

De son côté, le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge, estime que le départ de Moad Fahmi pour l’autorité sœur des Bermudes n’est que le fruit d’un choix personnel.

« On est content pour Moad, même si on regrette son départ. C’est une décision purement personnelle », résume-t-il.

Jointe par Le Journal, la Bermuda Monetary Authority a décliné notre demande d’entrevue avec Moad Fahmi ou avec tout un autre membre de l’organisation.

L’organisme de réglementation a exigé d’avoir les questions à l’avance et de relire le texte avant publication pour approbation, ce que Le Journal a refusé.

 

QU’EST-CE QUE LA BERMUDA MONETARY AUTHORITY ?

  • Siège social : Hamilton, Bermudes
  • Fondation : 1969
  • Employés : 185
  • Rôles : régule le système financier, régule la Bourse des Bermudes (BSX), émet la monnaie (BMD), prévient les crimes financiers
  • Vision : intégrité et excellence

Source : site du Bermuda Monetary Authority

– Avec la collaboration d’Andréa Valeria