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Le hara-kiri de Roberval

En définissant l’immigration comme la question de l’urne, le chef libéral, Philippe Couillard, n’a pas commis l’erreur que certains imaginent.
Photo courtoisie, La Presse Canadienne En définissant l’immigration comme la question de l’urne, le chef libéral, Philippe Couillard, n’a pas commis l’erreur que certains imaginent.

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« La question de l’urne est l’immigration. » Cette déclaration de Philippe Couillard sortait de nulle part. Même ses stratèges voyaient la question de l’urne bien autrement et ont été pris au dépourvu. Cette déclaration pourrait être retenue comme un tournant de la campagne.

Du point de vue purement stratégique, cette déclaration apparaît comme une bourde. D’abord, la question de l’urne est le thème unique et fondamental qu’un parti veut graver dans la tête de l’électeur en vue du vote. On ne peut pas changer d’idée trois fois comme l’a fait monsieur Couillard.

De surcroît, faire de l’immigration le point central allait à l’encontre de la stratégie libérale de base. Si l’immigration est la question de l’urne, on se retrouve avec une polarisation CAQ vs PLQ. Le PQ sombre dans l’oubli. Alors une majorité de francophones risquent de se liguer en masse derrière la CAQ.

C’est exactement ce que les libéraux voulaient éviter. Eux souhaitaient voir le vote de changement et notamment le vote des francophones se partager entre la CAQ et le PQ. De cette façon, le Parti libéral pouvait encore espérer se faufiler entre les deux. En résumé, du point de vue de la tactique, il s’agirait d’une gaffe.

L’autre explication

Et si je prétendais que ce n’est pas du tout une gaffe ? Si Philippe Couillard avait agi en pleine connaissance de cause. En toute conscience de la portée de sa déclaration pour la campagne... et pour l’après.

Se pourrait-il que nous ayons assisté ce jour-là à un véritable hara-kiri à la façon de samouraïs japonais ? Un sacrifice politique sur l’honneur. Imaginons que Philippe Couillard regarde les sondages, la faiblesse de son parti dans les comtés francophones et le taux d’insatisfaction. Il se dit que la victoire est devenue improbable.

Il place alors l’immigration non pas comme la question de l’urne dans le cadre d’une offensive pour gagner. Il établit l’immigration comme la question de l’urne qui fournirait l’explication de sa défaite. Si Philippe Couillard perd, ce n’est pas sur son bilan ou sa performance, c’est à cause des perceptions malheureuses des Québécois face à l’immigration.

La tête haute

Philippe Couillard partirait la tête haute. Fidèle à ses principes. Un homme d’honneur qui n’est pas prêt à marchander ses principes inclusifs pour aller chercher des votes. Le samouraï qui se fait hara-kiri ne déboule pas dans la colonne des perdants. Il demeure du bon côté de l’Histoire.

Dans les faits, Philippe Couillard croit profondément au multiculturalisme. Il déteste tous les débats identitaires. Ce sont des convictions profondes que nous avons le devoir de respecter. Je ne dis pas qu’il est résigné à perdre. Il va se battre jusqu’à la fin pour faire triompher ses convictions.

Cependant, dans la façon de positionner la bataille finale et d’expliquer une éventuelle déconfiture, il a nommé les enjeux selon son regard personnel. Au diable les conseillers stratégiques et l’intérêt du parti.

Je pense à cela depuis quelques jours. Son attitude dans le débat d’hier m’a convaincu de l’écrire.