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Les boutons de la Petite-Bourgogne

Mai 1967

Les boutons de la Petite-Bourgogne
Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal, VM94-C1030-015

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Aujourd'hui
Photo Pierre-Paul Poulin
Aujourd'hui

Petite-Bourgogne et Sainte-Cunégonde

Bienvenue dans Sainte-Cunégonde ! C’est le nom que portait le quartier avant de s’appeler Petite-Bourgogne. On l’appelait même faubourg Saint-Joseph avant que le nom de Sainte-Cunégonde ne s’impose. Voisin de Saint-Henri et de Griffintown, il s’étend de l’avenue Atwater à l’ouest à la rue Guy à l’est, puis du canal Lachine, sa frontière sud, à la rue Saint-Antoine au nord. Comme plusieurs autres quartiers montréalais, Sainte-Cunégonde commence par s’incorporer en cité en 1875 avant d’être absorbée par la ville centre en 1905. Le canal favorise le développement des industries et au XIXe siècle, le secteur est florissant et grouillant de vie. Aux Canadiens français et aux Irlandais viennent s’ajouter plusieurs Afro-Américains qui travaillent principalement pour les compagnies ferroviaires. C’est dans cette communauté que naîtra le pianiste de jazz Oscar Peterson. La fermeture du canal Lachine dans les années 1970 cause le déclin du quartier qui connaît néanmoins un certain regain depuis le début du XXIe siècle.

Les « Canadian Buttons » à la mode

La Canadian Buttons Limited est fondée en 1884 et elle aurait été parmi les premières à fabriquer des fournitures de mode en plastique. L’industrie de la mode aura été bien représentée à Montréal alors que la ville comptait des usines de textile, des filatures et des manufactures de mercerie (boutons, fermetures éclair et autres fournitures de couture). Ces usines alimentaient les manufactures de vêtements de la ville situées dans Saint-Henri ou sur le boulevard Saint-Laurent et faisaient vivre tout un secteur de l’économie. De nos jours, les marchés asiatiques et leurs coûts de production plus bas ont accéléré le déclin de cette industrie à Montréal. L’entreprise n’a pas fermé ses portes après l’expropriation du secteur de la Petite-Bourgogne à la fin des années 1960, mais a poursuivi son existence dans le secteur de LaSalle. Rachetée par des intérêts américains, elle a perduré jusqu’au début des années 2010.

Travailler à l’usine

Les boutons de la Petite-Bourgogne
Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal, VM94-C1027-081

Avec toutes ces boîtes empilées pêle-mêle, ça fait pas mal de boutons pour ces ouvrières ! On a déjà valorisé le travail féminin pendant la Seconde Guerre mondiale, et dans les années 1960, davantage de femmes intègrent le marché du travail dans des postes plus modernes et nécessitant plus de scolarité. Mais beaucoup d’autres sont sur les bancs des usines depuis l’adolescence, comme ces ouvrières de la Canadian Buttons. Ces images d’une autre époque montrent des lieux où l’on devine les tâches difficiles et un niveau d’aménagement et de sécurité au travail bien en deçà des standards actuels. Les femmes sont majoritaires dans le rag business, ou l’industrie de la « guénille », et plusieurs rapports indiquent que c’est l’industrie où elles sont le plus exploitées. Les conditions de travail y changent moins rapidement que celles des hommes, et les années 1960 seront justement celles où les femmes s’organiseront en syndicats et en groupes de pression plus efficaces.