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Les jeux du hasard en politique

La démocratie hasardeuse
Photo courtoisie La démocratie hasardeuse
Hugo Bonin
Éditions XYZ

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« Le hasard fait bien les choses. » Qui n’a pas entendu cette phrase, un jour ou l’autre ? Une rencontre fortuite, une décision prise à la va-vite, un retard qui tombe bien, et voilà que notre vie change.

Hugo Bonin croit aussi que le hasard en politique peut être bénéfique sans être la solution magique à tous nos problèmes de représentativité. Dans un essai bien structuré et amplement appuyé par de nombreux exemples concrets qui remontent aussi loin qu’à l’Antiquité (Athènes et Rome) ou qui nous plongent dans un futur presque à notre portée, Bonin entend prouver que le tirage au sort vaut cent fois mieux que les élections dites représentatives.

La procédure du tirage au sort a ses limites, mais elle a le grand mérite de ne pas tenir compte des distinctions de races, de sexes, d’âges ou de classes sociales. Monsieur et madame Tout-le-monde valent bien cette clique élitiste de médecins, avocats, notaires ou hommes d’affaires qui nous gouvernent depuis trop longtemps.

Plus « égalitaire »

Dans un régime électif tel qu’on le connaît ici et ailleurs en Occident, les électeurs votent pour élire le soi-disant meilleur candidat. Tandis que dans un système aléatoire, la notion de meilleur n’existe pas puisque tous sont égaux pour gérer la chose politique. Il s’agit donc d’une « procédure plus égalitaire et démocratique », où toute interférence est exclue.

Il existe déjà des pratiques de sélection aléatoire ici au Québec et ailleurs. Qu’on pense seulement à la sélection d’un jury dans un procès au criminel. Formé de gens du peuple et non de spécialistes, en vertu du droit britannique, ce jury est appelé à analyser la preuve et à rendre un verdict après délibérations.

La SÉPAQ (Société des établissements de plein air du Québec) procède par tirage au sort pour offrir chaque année des terrains de villégiature. Un peu plus au sud, le gouvernement étasunien octroie annuellement par le même procédé aléatoire cinquante mille cartes de résidents (green cards). « En France et en Belgique, les places d’étudiants dans certaines disciplines universitaires (médecine, sciences, grandes écoles, etc.) sont attribuées par tirage au sort. » On ne tient pas compte, donc, des étudiants réputés pour être les meilleurs, comme dans le modèle québécois de contingentement.

Les sondages d’opinion, qui prennent de plus en plus de place dans nos vies, sont un autre exemple de pratique aléatoire. Les répondants sont choisis au hasard, selon un concept « d’échantillon représentatif ». Preuve de leur importance en politique, les sondages en viennent même à « construire l’opinion publique ». On a aussi inventé des sondages délibératifs où une centaine de citoyens choisis au hasard discutent d’un enjeu particulier.

Changer l’ordre des choses

La partie la plus intéressante de sa démonstration consiste en une mise en scène de ce que seraient des modèles d’administration (scolaire, municipale et provinciale) fonctionnant selon le principe d’une sélection aléatoire. Dans cette école secondaire, une trentaine de jeunes ont été choisis au hasard et ont accepté de faire partie du conseil étudiant qui était auparavant élu de façon traditionnelle. Bel exemple de démocratie participative qui prépare ces jeunes à prendre leurs responsabilités plus tard, une fois leurs études terminées.

Au niveau provincial, nous sommes en 2028 et une jeune infirmière reçoit un appel téléphonique l’invitant à faire partie du premier Congrès citoyen, d’une deuxième chambre législative ou d’un sénat sur le modèle américain, afin de favoriser la participation populaire. Les cent vingt-cinq sièges seront attribués par tirage au sort parmi la population. L’expérience sera concluante, car les citoyens sont directement concernés. Il n’y a aucune place pour des politiciens carriéristes.

Bien sûr, tout cela reste à démontrer, il existe peu d’exemples concrets d’élections par tirage au sort. La réponse à la question de la viabilité de cette option ne dépend pas du hasard, mais bien de notre volonté à changer l’ordre des choses, conclut l’auteur.