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L’étonnant trou de mémoire de Dubé

Christian Dubé
Photo d'archives, Chantal Poirier Christian Dubé

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Christian Dubé, le candidat vedette de la CAQ, aurait intérêt à retrouver la mémoire lorsqu’on le questionne sur l’apparence d’un conflit d’intérêts dans lequel il s’est retrouvé à la Caisse de dépôt et placement, le bras d’investissement du gouvernement du Québec.

Quand on s’attend à occuper un poste de ministre advenant la victoire de la CAQ le 1er octobre prochain, il faut faire preuve de transparence. Ce n’est pas en évoquant un « Je ne m’en souviens pas » qu’il va balayer du revers de la main une histoire qui implique sa conjointe.

Ne perdons pas de vue ici que Christian Dubé occupe à l’époque le poste de premier vice-président Québec. Et il fait partie du comité d’investissement qui supervise les transactions d’entreprises québécoises.

LES FAITS

Rappelons les faits évoqués par mes collègues du Bureau d’enquête.

À l’arrivée de Christian Dubé à la mi-août 2014, la Caisse détient un bloc de 300 000 actions de la compagnie Lumenpulse. Un an plus tard, le 10 septembre 2015, sa conjointe Josée Perreault devient administratrice de Lumenpulse. Et le 22 mars 2016, elle acquiert un lot de 9200 actions de Lumenpulse. Par la suite, elle obtient 2708 droits de souscription.

Entre septembre 2015 (moment où Mme Perreault entre au conseil d’administration de Lumenpulse) et la fin 2016, la division Québec de la Caisse (de M. Dubé) a continué d’acheter des actions de Lumenpulse, triplant sa position à un peu plus de 1 million d’actions.

Printemps 2017, Mme Perreault fait partie du comité spécial de Lumenpulse qui cherche à privatiser la société, et à requinquer la valeur de l’action. Ce qui devient chose faite le 23 juin 2017 alors qu’une filiale de Power rachète 55 % des actions en circulation.

Mme Perreault cède ses actions. Recette brute : 253 000 $. Profit : 58 000 $.

OÙ EST LE PROBLÈME ?

Vu la présence de sa conjointe au conseil d’administration de Lumenpulse, Christian Dubé s’est-il retiré des réunions du comité d’investissement de la Caisse qui assurait le suivi de Lumenpulse ? Sa réponse : « Je ne m’en souviens pas. » Son prétexte ? « J’ai été là pendant quatre ans, il a dû y avoir une centaine de réunions d’investissement. »

Comment peut-on avoir un tel trou de mémoire alors que son comité d’investissement a fait le suivi du dossier de Lumenpulse à cinq reprises seulement ? Comment se fait-il que la Caisse, en vertu de son code d’éthique, ne lui ait pas formellement interdit de se mêler de quelque façon que ce soit du dossier de Lumenpulse alors qu’elle l’avait fait dans BRP et WSP, deux placements où sa conjointe était impliquée ?

Le Code est pourtant très clair.

« Nous devons éviter toute situation pouvant représenter, même en apparence, un conflit d’intérêts. Nous devons de plus éviter de nous trouver dans une situation où nous-mêmes, une personne qui nous est liée, une personne à notre charge ou un membre de notre famille immédiate pourrait tirer avantage, directement ou indirectement, d’une transaction... »

Quant à l’accusation de Pierre-Yves McSween, qui a dénigré cette enquête du Journal en disant sur les ondes du 98,5 FM : « C’est comme chercher une bibitte et on en a fabriqué une. »

Cher Pierre-Yves : défendre de la sorte Dubé, en as-tu vraiment besoin ?