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Le manque d’employés lui fait rater des rendez-vous

Les résidents d’un CHSLD estiment que leur qualité de vie s’est dégradée dernièrement

Marc Boily, âgé de 44 ans, dont les bras et les jambes sont paralysés, déplore le manque de personnel à son CHSLD de Montréal.
Photo Hugo Duchaine Marc Boily, âgé de 44 ans, dont les bras et les jambes sont paralysés, déplore le manque de personnel à son CHSLD de Montréal.

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Des résidents d’un CHSLD de Montréal doivent passer des heures à attendre dans un lit ou manquer des rendez-vous médicaux parce que des employés absents ne sont pas remplacés.

Dès qu’un employé manque au CHSLD Paul-Émile-Léger, les résidents le ressentent.

« Ce n’est vraiment plus une vie », souffle Marc Boily, âgé de 44 ans. Atteint du syndrome de Guillain-Barré, il est paralysé des bras et des jambes depuis quatre ans.

Il a longtemps craint les représailles s’il dénonçait ses conditions de vie dans son CHSLD, mais la situation s’est tellement empirée ces derniers mois qu’il dit ne plus avoir le choix.

Trois heures d’attente au lit

La semaine dernière, par exemple, il n’y avait « aucun préposé pour [le] sortir du lit ». Les deux employés habituellement sur son étage étaient absents. Ainsi, plutôt que de se lever vers 7 h, il a dû attendre jusqu’à 10 h.

Cela peut sembler banal, mais les préposés le mettent au lit pour la nuit à 16 h, donc les heures de liberté pour se promener en fauteuil roulant sont comptées.

« On nous fait manger, mais c’est ‘‘avale, parce que j’en ai un autre après toi’’ », remarque-t-il.

Sécurité en cause

Il craint aussi pour sa sécurité, quand de nouveaux préposés pressés le brusquent ou encore suivent mal les consignes pour lui donner des soins.

Il se souvient d’une fois où une employée avait oublié d’attacher une sangle du lève-personne et qu’il a dû le lui signaler pour éviter le pire.

Cet été, il a manqué deux rendez-vous à l’hôpital, car aucun préposé ne pouvait l’accompagner. Il ne peut y aller seul, parce qu’il est incapable de signer un document ou de se déshabiller pour un examen.

Il aimerait voir un médecin aussi pour un problème de santé qui l’inquiète, mais il attend depuis un mois. Avec le départ de l’omnipraticienne qui couvrait son étage, ce sont les autres médecins qui prennent la relève, mais il semble qu’ils n’aient pas le temps de tout faire.

Puis, en pleine canicule meurtrière, il faisait trop chaud pour donner des bains, poursuit M. Boily, alors les résidents devaient se contenter de la toilette au lit.

Il n’est pas le seul à dire que la qualité des soins se dégrade. Sylvain Bellemare, amputé de ses deux jambes, réside dans ce CHSLD depuis 23 ans et y dresse le même constat.

« Je suis écœuré, je ne vois pas mes avant-midi », dit-il. Chaque matin il doit recevoir des soins sur ses plaies avant de se lever. Il doit donc attendre 10 h ou même jusqu’à midi s’il manque des employés.

« Grands défis »

La directrice adjointe de l’hébergement du Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Isabelle Matte, reconnaît que les CHSLD ont de « grands défis de recrutement ».

Elle assure cependant que les résidents ne sont jamais en danger et qu’ils reçoivent les services.

Si un rendez-vous est manqué, c’est parce qu’il n’était pas considéré comme urgent, plaide-t-elle, rappelant que les CHSLD ont des soins infirmiers en tout temps.

 

Le syndicat dénonce le non-remplacement

Le non-remplacement des absences est devenu un fléau, dénonce le syndicat des travailleurs du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui a dénombré près de 460 cas signalés depuis février seulement.

C’est environ deux par jour, fait valoir Simon Bélanger, l’un des vice-présidents du syndicat. « Ce sont seulement les cas signalés [...] Le problème est probablement beaucoup plus élevé », ajoute-t-il, mais certains employés craignent de dénoncer le problème.

De ce nombre, au moins 340 absences non remplacées sont pour des préposés aux bénéficiaires, estime-t-il.

Simon Bélanger, <i>vice-président du syndicat</i>
Photo courtoisie
Simon Bélanger, vice-président du syndicat

« C’est clair que ça crée des surtâches », déplore M. Bélanger, critiquant à la fois le manque d’attrait de la profession et la désorganisation de l’employeur.

Sécurité en cause

Le syndicat recense ces cas pour faire des « demandes d’explication » à l’employeur. Parmi les réponses les plus fréquentes pour expliquer un non-remplacement, on retrouve le manque de disponibilité, d’employés en temps heures supplémentaires ou de remplaçants.

« Il n’y a aucune volonté de notre part de ne pas remplacer [les employés absents] », fait valoir Isabelle Matte, directrice adjointe de l’hébergement du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Le CIUSSS fait tout ce qu’il peut pour remplacer les employés absents, dit-elle. Par contre, l’affichage de nombreux postes à temps plein a vidé la liste de rappel et, souvent, personne n’est disponible pour les agences.

Mme Matte assure que le CIUSSS travaille d’arrache-pied au recrutement, dans les salons de l’emploi, et qu’on offre davantage de formation aux employés pour assurer leur rétention.