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Campagne plate

Débat des chefs
Sébastien St-Jean / Agence QMI

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Que ce soit dans les conversations ou dans les médias écrits et électroniques, la lassitude à l’égard de la présente campagne électorale nous est reflétée quotidiennement. Malgré le million de téléspectateurs qui ont suivi le débat des chefs, plusieurs chroniqueurs et journalistes n’hésitent pas à dire que la campagne est plate parce qu’elle est fondée sur l’approche clientéliste des partis affairés à présenter une multitude de « mesurettes » pour séduire un segment de la population. Toutefois, se pourrait-il que la lassitude des citoyens soit en fait le reflet du désintéressement de la classe journalistique?

Au cours de la dernière décennie, j’ai pu constater le rôle déterminant des médias pour entretenir le suspens autour d’une campagne électorale. Je me souviens le jour du déclenchement des élections de 2007 d’une journaliste de la Presse canadienne qui était fébrile à l’annonce de l’élection en affirmant que ce serait une lutte intéressante parce que, selon elle, trois partis avaient la possibilité de l’emporter. Par la suite, le traitement médiatique a été conséquent pour amener l’ADQ aux portes du pouvoir. En 2012, le bras de fer autour du conflit étudiant a fourni une tournure dramatique aux hostilités électorales dans nos médias. En 2014, le poing levé de Pierre-Karl Péladeau a servi de catalyseur à un débat de la peur d’un référendum qui avait été largement alimenté par la presse écrite et électronique. Aujourd’hui, les nouvelles électorales font rarement la une et laissent croire à un désintéressement généralisé malgré les enjeux majeurs qui se posent pour la société québécoise.

Ce dégonflement médiatique me laisse perplexe au point de m’interroger à savoir à quel parti cette situation profite le plus. Pour plusieurs, les jeux apparaissaient faits avant même le déclenchement de la campagne alors qu’on donne la CAQ gagnante considérant l’écoeurement à l’égard des libéraux. Cela semble, pour la presse fédéraliste et les idéologues conservateurs, s’avérer une conjoncture idéale à ne pas trop ressasser, parce qu’à défaut de voir les libéraux reconduits, ils peuvent très bien s’accommoder d’un substitut semblable à ces derniers et surtout s’éviter un retour des péquistes socio-démocrates et souverainistes à la tête du gouvernement.

Bien que Lisée ait été particulièrement efficace dans le débat des chefs et ait réussi à projeter une vision claire du projet social-démocrate de son parti, selon plusieurs chroniqueurs, le traitement médiatique est demeuré sobre, comme pour éviter de mettre trop en lumière ses habiletés et sa stature de pré-ministrable. Au contraire, certains commentateurs ont voulu faire croire qu’en ne trébuchant pas, François Legault était le quasi gagnant de ce débat. Pourtant, celui-ci peine à se dépêtrer avec la question de l’immigration minant encore plus sa campagne guère reluisante jusqu’à présent. Plus dramatique, l’épisode met en évidence son incapacité à expliquer comment il réalisera concrètement ses promesses électorales.

Poursuivre ou non le démantèlement de l’État avec un accès à des services fondés sur la richesse personnelle ou sur l’équité sociale constitue l’enjeu principal de cette élection, mais il nous est rarement mis en lumière. Libéraux et caquistes sont dans le même camp pour la fragilisation des services publics et la croissance de services privés à une classe bien nantie. Les péquistes constitueraient réalistement la seule force pour faire obstacle aux desseins des précédents en voulant maintenir un État fort au service de tous. Malgré la gravité des enjeux, il se fait peu de bruit autour de ceux-ci, comme si une certaine intelligentsia comptait sur le silence pour que la CAQ se glisse au pouvoir!

Il faudrait tout de même rester clair sur le Québec que nous voulons. Ma préférence va vers la justice sociale bien plus que le chacun pour soi prôné par les néolibéraux.