/opinion/blogs/columnists
Navigation

Le boys club de Legault

POL-ELECTIONS PROVINCIALES 2018-CAQ-DUBE
Photo d’archives, Agence QMI

Coup d'oeil sur cet article

Le 29 août dernier, François Legault était tout sourire au moment de présenter son « escouade économique ». Flanqué de trois de ses candidates et trois de ses candidats, c’était une illustration de sa bonne récolte au moment de composer son équipe.

L’économiste Éric Girard, l’ancienne du Fonds de solidarité FTQ Nadine Girault, la femme d’affaires Joëlle Boutin, l’homme d’affaires Gilles Bélanger, la PDG de l’aéronautique MarieChantal Chassé et l’homme d’affaires Pierre Fitzgibbon, ce ne sont quand même pas des pieds de céleri. François Legault avait raison d’être fier.

Lors de l’annonce, il y a bien eu un petit flottement, autour du fait qu’on avait omis d’inviter Youri Chassin et qu’on avait perdu la veille Stéphane Le Bouyonnec, qu’on a été très content de pouvoir remplacer par Christian Dubé quelques jours plus tard. En gros, on avait l'embarras du choix. On a ainsi publié un communiqué plus tard pour dire qu’il y avait en fait 36 candidatures présentant un profil économique à la CAQ. Parmi elles, 20 femmes qui contribuent à offrir au parti son bon score de candidatures féminines (52 %) en vue de cette élection.

Plantes vertes

Pourtant, quand il est question de la place des femmes, on a toujours raison de se demander à quel point ceux qui la promeuvent sont sincères. Trop souvent, on les réduit à des rôles de plantes vertes. C’est particulièrement vrai en économie, comme le démontrent tous ces gouvernements paritaires où on n’est pas allé jusqu’à permettre aux femmes de toucher à quelque chose d’aussi important, pensez donc!

Aussi, c’est intéressant de se demander quelle place François Legault réserve réellement à ses femmes au sein de son éventuel gouvernement. Surtout que ce dernier n’a pas toujours été très habile, en abordant la question de la condition féminine.

On a eu un début de réponse ce matin. Dans une entrevue accordée à Gilbert Lavoie du Soleil, M. Legault s’exprime ainsi :  « Je suis tellement fier de mon coup en économie, c’est incroyable, Pierre Fitzgibbon, Christian Dubé, Gilles Bélanger, Éric Girard. Prends juste ces quatre-là. Demain matin, je leur dis : “Tu t’occupes des Finances, tu t’occupes du Conseil du trésor, on revoit complètement la façon de travailler d’Investissement Québec.” En économie, dans quatre ans, ça va paraître. Juste avec ces quatre personnes-là, plus moi, tu sais moi aussi je suis un deal maker. »

Bref, quand François Legault pense à son équipe de rêve en matière d’économie, il ne pense à aucune femme. Malgré son MBA, son profil de gestionnaire de haut niveau et son curriculum vitae complètement hallucinant, Nadine Girault ne sera pas présidente du Conseil du Trésor. Malgré le fait qu’elle ait fondé une entreprise en aérospatiale, MarieChantal Chassé ne sera pas ministre du Développement économique. Malgré le fait qu’elle ait démarré des entreprises et qu’elle soit une spécialiste du numérique, Joëlle Boutin ne sera pas dans le premier trio non plus.

Si certains cherchent une manière de donner un exemple au phénomène du « boys club », c’est dur de trouver mieux.

Des signes inquiétants

Mon avis en vaut un autre, mais les signes indiquant que la campagne de la CAQ est en train de se dézinguer se multiplient.

J’accorde une crédibilité relative aux sondages que la concurrence publie de la firme Mainstreet, une entreprise qui produit souvent des données aberrantes en comparaison des autres maisons de sondage et qui n’a jamais été testée lors d’une élection québécoise. Demeure que c’est une des firmes que la CAQ emploie pour ses sondages internes, qui fut l’une des premières à annoncer sa montée et qui lui mesure aujourd’hui un recul de plus de 5 points depuis le débat. Il semble que Legault n’y a pas particulièrement bien performé.

On reçoit également des signaux du terrain qui indique la nouvelle obsession des maternelles 4 ans de François Legault n’est pas comprise ni appréciée par plusieurs de ses sympathisants. C’est une politique que personne ne réclame vraiment.

Ajoutons que François Legault est en difficulté depuis samedi, alors qu’il a échoué à répondre à une question simple sur l’immigration, un des thèmes les plus importants de cette campagne et de la stratégie de la CAQ. Même les gens qui ne suivent pas la politique en parlent.

Bref, le chef de la CAQ est sorti de son narratif. Ses propos sur son équipe économique rapportés par Gilbert Lavoie en sont un autre exemple. Là-dessus comme sur l’immigration, ce n’est ce que son équipe aurait voulu le voir répondre, mais c’est dur briefer un chef sur des questions qui ne l’intéressent pas d’emblée.

À deux semaines du vote, François Legault se trouve dans une spirale dont il doit se sortir rapidement. Parce qu’avec ce que ça annonce comme résultat, ça ne me fait pas particulièrement plaisir de l’écrire.