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M. Lisée va à Ottawa

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Photo Agence QMI, Patrick Bellerose La caravane électorale du Parti québécois s’est arrêtée devant le parlement hier à Ottawa.

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C’est devenu un lieu commun que de dire que la campagne électorale en cours est plate. Il faudra toutefois reconnaître que Jean-François Lisée fait des efforts louables pour la rendre plus divertissante.

Samedi, le Parti québécois annonçait que son chef ferait le lendemain un point de presse devant le parlement fédéral pour présenter l’approche qu’il entend à adopter avec Ottawa. Les observateurs politiques fouillent depuis dans leur mémoire pour trouver un précédent à cette incursion ontarienne pour une caravane électorale. Il semble bien que l’autobus psychédélique de M. Lisée soit le premier de l’histoire à s’être permis de traverser la rivière des Outaouais.

Fonds de commerce

La politique est souvent affaire de symbole, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de la communiquer. Le Parti québécois aurait difficilement pu trouver une image plus forte pour amener un peu de perspective historique dans une campagne électorale qui, jusqu’ici, a été très collée sur les préoccupations quotidiennes de tout un chacun.

Mon collègue Joseph Facal écrivait samedi que les débats de cette élection sont désespérément « provinciaux », alors que le Québec s’était habitué à se poser des questions autrement plus existentielles sur son avenir. Du Parti québécois, on se surprenait de le voir prendre des engagements très ciblés, qui tranchent avec l’ambition qu’on attend de son discours.

C’était peut-être prévu ainsi, d’attirer d’abord l’attention sur lui en rompant avec son image traditionnelle, avant de revenir à son fonds de commerce.

D’autant que la sortie d’hier s’inscrit dans une tentative de moderniser le discours souverainiste, alors que l’argument de la péréquation, dont le Québec a besoin pour arriver, a l’effet de la kryptonite, même sur le plus ardent des militants. Lisée plaide que si notre économie avait reçu sa juste part des investissements structurants du gouvernement fédéral, comme pour la construction navale par exemple, nous pourrions peut-être nous passer du chèque d’Ottawa.

Si la personnalité de Justin Trudeau ne suscite pas le même rejet épidermique que celle de Stephen Harper, il faut constater que ses politiques soulèvent très peu d’enthousiasme au Québec. Devant l’absence d’une voix québécoise forte au Parlement du Canada, le PQ essaie de se poser en champion. Il est d’ailleurs seul sur ce terrain, alors que les gens de QS aiment bien le locataire actuel du 24 Sussex, que François Legault peine à expliquer comment il bâtira un rapport de force face à Ottawa et que l’approche de Philippe Couillard lors d’un conflit avec le fédéral se résume ainsi : « Fais le mort, ça va bien finir par s’en aller. »

Détour

On le voit, lorsque Jean-François Lisée accorde des entrevues dans les médias, beaucoup d’observateurs lui en veulent de ne pas s’être simplement roulé en position fœtale devant les mauvais sondages qui s’accumulaient. C’est oublier qu’il arrive parfois que les Québécois se découvrent de l’affection pour celui qui se relève après être allé au tapis.

Nul ne sait, donc, jusqu’où ira la caravane enchantée de M. Lisée. On sait toutefois que, dans sa volonté obsessive de surprendre, le chef du PQ est même prêt à faire un détour par Ottawa.