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«Bonjour-Hi!» : que vaut la parole du premier ministre?

«Bonjour-Hi!» : que vaut la parole du premier ministre?
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

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Lorsqu’en vue du scrutin du 1er octobre, le député libéral François Ouimet s’est fait montrer la porte cavalièrement par son chef et premier ministre, la nouvelle en avait choqué plusieurs.

La chose était troublante parce que tout juste auparavant, le premier ministre avait donné sa parole à son député qu’il pourrait se représenter sans crainte dans le château fort libéral de Marquette.

En réaction, une question lancinante se posait sur plusieurs tribunes : que vaut donc la parole du premier ministre?

En conclusion du débat anglophone, diffusé lundi soir, une remarque étonnante de M. Couillard soulève à nouveau la même interrogation.

Questionné sur la motion adoptée unanimement en novembre dernier à l’Assemblée nationale - laquelle invitait «tous les commerçants et tous les salariés qui sont en contact avec la clientèle locale et internationale de les accueillir chaleureusement avec le mot bonjour» -, M. Couillard y a référée en anglais comme un «incident».

Puis, il précisa encore plus sa pensée en ajoutant ceci : «It’s behind us. Let’s move forward.» (C’est derrière nous. Passons à autre chose.)

Par définition, le premier ministre avait voté, lui aussi, pour cette motion unanime. Une motion, soit dit en passant, bien douce dans son libellé.

La motion, rappelons-le, avait été adoptée en réaction à l’usage étendu du «Bonjour/Hi!» dans les commerces de la grande région de Montréal.

Les parlementaires «invitaient» bien gentiment les commerçants à s’éloigner de cette formule d’accueil «en bilingue» /sic/. Pas d'obligation, pas de réglementation, pas de loi. Simplement, une «invitation» polie.

Bref, contrairement à ce qu'ont colporté plusieurs médias anglophones suite à la motion - et à nouveau, hier soir, sous forme de la question posée au débat anglophone -, rien dans ce libellé ne traitait les Anglo-Québécois comme des «citoyens de seconde zone». Il y a tout de même des limites à la désinformation.

Or, en qualifiant la motion d’«incident», l’impression très forte est que le premier ministre, s'adressant à sa base électorale traditionnelle, cherchait surtout à s’en dissocier. Et ce faisant, à conforter cette même désinformation à des fins purement partisanes.

Il le nie certes aujourd’hui, mais ses paroles prononcées très clairement au débat restent ce qu’elles sont.

Le premier ministre maîtrise trop bien la langue anglaise pour ne pas connaître le sens précis du mot «incident».