/news/green
Navigation

Des sites toxiques un peu partout au Québec

Un outil inédit qui regroupe sept répertoires de sites contaminés donne un portrait inquiétant

Les points sur ces cartes représentent une inscription sur l’un des sept répertoires de terrains contaminés pris en compte par Immoproof, un outil créé par Marie-Claude Génie.
Photo Ben Pelosse Les points sur ces cartes représentent une inscription sur l’un des sept répertoires de terrains contaminés pris en compte par Immoproof, un outil créé par Marie-Claude Génie.

Coup d'oeil sur cet article

Des campagnes de Mirabel aux forêts de la Mauricie en passant par les beaux quartiers de Montréal et de Québec, des milliers de Québécois vivent sans le savoir sur des terrains toxiques chargés de métaux lourds et d’hydrocarbures.

« Il y en a partout au Québec, c’est un problème provincial grave », alerte Marie-Claude Génie.

L’ancienne avocate et courtière immobilière a compilé sur des cartes les données de sept répertoires de terrains contaminés, provinciaux et fédéraux, un exercice qui n’avait jamais été réalisé auparavant.

Le résultat est une carte inédite du Québec presque entièrement couverte de points de contamination, en particulier le long du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saguenay, que Le Journal révèle aujourd’hui.

Loin d’être circonscrites aux zones industrielles, les inscriptions aux registres des terrains contaminés s’étendent aux plus beaux parcs urbains et zones résidentielles les plus cossues, bien que légalement seuls des sols propres peuvent accueillir des habitations.

« Ça va prendre de l’aide financière, dit Mme Génie. Il va falloir que les gouvernements se déniaisent. » Souvent mis de côté, le principe du pollueur-payeur doit être appliqué afin d’éviter aux contribuables de payer pour les erreurs du passé, selon elle.

Dans l’ignorance

Le simple citoyen qui souhaite obtenir de l’information sur sa propriété est toutefois confronté à un véritable casse-tête.

« L’information sur les terrains contaminés n’est pas toujours disponible, précise ou conforme à la réalité », déplore l’Organisme d’autorégulation du courtage immobilier du Québec, qui a demandé l’intervention du ministère de l’Environnement dans ce dossier, pour protéger les consommateurs.

Pascal Cormier, un père de famille montréalais, a ainsi acheté en 2002 un duplex en bordure du parc Baldwin, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, sans savoir qu’il était sur un ancien dépotoir.

C’est seulement en 2015, à la suite d’un reportage de l’émission La Facture, qu’il a découvert que des biogaz remontaient jusque dans sa maison et que sa cour arrière contenait des métaux lourds. Il a dû déménager de crainte que cela n’affecte la santé de sa famille.

« Je n’aurais jamais acheté si j’avais su que c’était contaminé. Jamais je ne me serais douté qu’on pouvait vivre sur un dépotoir en pleine ville », confie-t-il.

Un nouvel outil

Dans le but d’éviter un tel cauchemar à d’autres, Mme Génie a créé Immoproof.ca. En entrant sur ce site web l’adresse postale d’une propriété qu’il convoite, un acheteur peut savoir si le terrain a déjà été inscrit sur une liste toxique, en déboursant 79,99 $.

La femme d’affaires souligne que cet outil ne remplace en aucun cas une analyse environnementale du sol. Il permet toutefois de lever des drapeaux rouges et de pousser les acheteurs à se poser des questions.

 

Ce que les cartes regroupent

Les points sur ces cartes représentent une inscription sur l’un des sept répertoires de terrains contaminés pris en compte par Immoproof, un outil créé par Marie-Claude Génie.
Source : Immoproof.ca
  • Le répertoire sur les terrains contaminés (provincial)
  • L’inventaire des sites contaminés (fédéral)
  • Le répertoire des dépôts de sols et de résidus industriels (provincial)
  • Les incidents de pipeline (Office national de l’énergie)
  • Les données sur les lieux d’enfouissement technique autorisés et en exploitation (provincial)
  • Le répertoire des sites d’équipements pétroliers (Régie du bâtiment du Québec)

 

Chiffres nocifs

40 000 réservoirs de mazout abandonnés enfouis dans le sol québécois.

173 incidents de pipelines en 2017 au Canada, dont 73 (58 %) ont entraîné une fuite de produit (pétrole, acide, etc.).

+1900 terrains contaminés sont à la charge du gouvernement du Québec.

+3 G$ C’est ce que pourraient coûter ces terres toxiques aux contribuables, d’après la vérificatrice générale.

 

Au Québec, les terrains contaminés sont pollués par :

69 % des substances organiques (produits pétroliers, hydrocarbures, etc.).

11 % des substances inorganiques (métaux lourds).

20 % conjointement par ces deux types de substances.

Sources : Immoproof, Office national de l’énergie, Vérificateur général du Québec