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Les sanctions contre la Russie levées malgré les critiques

La décision de l’Agence mondiale antidopage soulève l’indignation

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Photo d'archives, AFP Militant reconnu contre l’antidopage, Laurent Dubreuil (à droite) voit du cynisme dans la décision de réintégrer l’agence antidopage russe. Le Québécois avait notamment critiqué sévèrement la présence de Pavel Kulizhnikov, avec qui il apparaît sur la photo durant l’épreuve de 500 m aux championnats mondiaux de sprint à Séoul en février 2017, aux derniers Jeux olympiques.

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« Ma confiance envers la propreté du système russe n’est pas revenue et quand il va y avoir des Russes sur la ligne, je n’ai pas l’impression qu’ils vont être plus propres qu’il y a deux ou trois ans. »

Le patineur de vitesse Laurent Dubreuil joint sa voix à la chorale mondiale des opposants à la levée de la sanction annoncée hier par l’Agence mondiale antidopage (AMA) contre la Russie et son système étatisé de dopage ayant prévalu entre 2011 et 2015.

« Un coup extrêmement dur porté à la crédibilité de l’organisation (AMA) », a déploré l’ex-skieuse de fond canadienne et championne olympique, Beckie Scott, qui s’est retirée cette semaine du Comité de révision de la conformité de l’AMA ayant la responsabilité de juger de la réintégration de l’Agence antidopage de Russie (RUSADA) après une suspension de près de trois ans.

Autre exclusion possible

Neuf des 12 membres de l’exécutif de l’AMA, formé en parts égales de représentants du mouvement olympique et de gouvernements, auraient voté en faveur de la réhabilitation de l’agence russe. Il y aurait eu deux oppositions et une abstention lors de la réunion tenue hier aux Seychelles.

« Aujourd’hui, nous avons échoué à l’égard des sportifs honnêtes dans le monde », a regretté la vice-présidente de l’AMA et ministre de l’Enfance et de l’Égalité de Norvège, Linda Helleland, qui a voté contre.

La Russie revient dans les rangs sans avoir respecté les deux principales conditions qui avaient mené à son exclusion, soit reconnaître les conclusions du rapport McLaren sur l’existence d’un système de dopage institutionnel et accorder l’accès aux échantillons prélevés dans le laboratoire russe.

Le comité exécutif a accompagné sa décision d’une nouvelle échéance à la RUSADA pour se conformer à ses obligations, sans toutefois en préciser la date. Si l’agence russe ne respecte toujours pas ces critères, une nouvelle suspension lui sera imposée.

« La Russie confirme son attachement aux principes d’un sport propre. Ces dernières années, un énorme travail a été effectué en Russie pour créer des conditions transparentes et claires de lutte contre le dopage », a soutenu, en réaction à cette décision, la vice-première ministre russe et responsable des Sports, Olga Golodets.

« Les criminels ont pris le contrôle »

Ces paroles se heurtent aux positions de plusieurs acteurs canadiens de la lutte antidopage.

« Les criminels ont pris le contrôle du tribunal », a imagé, au cours d’une entrevue à RDI, Jean-Luc Brassard, en croisade contre les scandales liés au mouvement olympique depuis sa démission comme chef de mission quatre mois avant les Jeux de Rio.

Le Centre canadien de l’éthique dans le sport (CCES) avait suggéré à l’AMA, mardi dernier, de reporter sa décision sur une réhabilitation de la Russie à la prochaine réunion de son exécutif en novembre prochain. L’organisme chargé d’appliquer le programme antidopage au Canada invitait l’AMA à s’accorder plus de temps pour mieux expliquer sa volonté de réintégrer la RUSADA « si elle souhaite préserver la confiance (des athlètes) dans le système antidopage mondial ».

On connaît maintenant l’ampleur de la réaction à la suite de cette décision.

Les doutes subsistent

Le retour de Moscou dans la hiérarchie de la lutte antidopage n’effacera pas les doutes de l’opinion internationale à l’égard des athlètes russes.

Observatrice aux premières loges du mouvement antidopage, Christiane Ayotte voit dans l’annonce de jeudi une chance pour la Russie de modifier ses comportements en matière de sports si une structure continue de surveiller leurs gestes.

« Mais si vous me demandez mon avis, je n’y crois pas deux minutes », nous dit la directrice du laboratoire antidopage de l’INRS-Institut Armand Frappier, qui associe les pratiques de ce pays, autant en sport qu’en politique, à une culture liée à la propagande.

« Les Russes, jamais je ne croirai qu’ils vont travailler de façon honnête à contrer le dopage dans leur pays et à suspendre les athlètes importants qui se doperaient. Les Russes ne changeront pas du jour au lendemain », croit la scientifique québécoise, qui siège à divers comités experts de l’Agence mondiale antidopage.

Aux athlètes de dénoncer

La communauté internationale du sport a réagi avec ardeur à la réintégration de l’agence antidopage russe. Christiane Ayotte formule un message aux athlètes dits sans taches, « pas tant pour les rassurer comme pour leur demander de prendre position ».

« Pas juste sur des sous-entendus, dit-elle. S’ils voient du dopage, et pas juste s’ils suspectent que l’autre est meilleur qu’eux parce qu’il se dope, mais s’ils ont conscience d’entraîneurs qui dopent ou d’athlètes qui se dopent, ils doivent dénoncer. Ils doivent s’arranger pour qu’on les sente comme porte-parole de l’antidopage et intéressés à régler le dopage dans le sport. Une parole d’athlète forte, c’est ce qu’on désire. Ils peuvent être assurés que des scientifiques comme moi, on ne va pas laisser les Russes remettre en place un laboratoire de triche comme celui que (Grigory) Rodchenkov gérait. Soyez assurés qu’on va les suivre à la trace. »