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Épicerie à 75 $: il faut regarder les spéciaux, dit Couillard

Le chef libéral Philippe Couillard était de passage au micro de Paul Arcand, au 98,5 FM, à Montréal, ce matin.
Photo Charles Lecavalier Le chef libéral Philippe Couillard était de passage au micro de Paul Arcand, au 98,5 FM, à Montréal, ce matin.

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Malgré l’avis des nutritionnistes, Philippe Couillard persiste et signe: il estime qu’il est possible de nourrir une famille avec 75 $ par semaine en courant les rabais dans les magasins, sans avoir recours à l’aide alimentaire.

«Tu dois regarder [toutes] les circulaires. Tu vas magasiner uniquement ce qui est en vente [...] C’est sans arrêt, c’est quasiment un job à temps plein», a affirmé le chef libéral aujourd'hui, lors d’une entrevue au 98,5 FM.

M. Couillard donne en exemple une femme monoparentale qu’il connaît. Elle a trois emplois et deux enfants à la maison, et doit vivre avec ce maigre budget, a-t-il regretté. Il trouve que les gens qui ne croient pas possible de boucler un budget d'épicerie avec 75 $ sont «insensibles».

Il n’a toutefois pas été capable de relever, dans son plan de lutte contre la pauvreté, une seule mesure pour aider cette personne. Une hausse du salaire minimum pourrait lui faire perdre ses trois emplois, alors qu’elle peine à nourrir ses enfants, craint également M. Couillard. Il lui propose toutefois «d’aller plus loin dans sa vie, d’aller au bout de son potentiel dans un Québec qui sera plus prospère, plus vert et plus efficace».

Il cite des économistes pour affirmer qu’une hausse trop rapide du salaire minimum fait disparaître des emplois «au bas de l’échelle», en restauration, dans le commerce de détail ou dans l’hôtellerie. «On n’aide pas une personne dans le besoin en supprimant son emploi», a-t-il dit.

Rôti, macaroni et pâté chinois

Mais comment remplir son frigo avec si peu? M. Couillard souligne par exemple que les gens qui vivent avec ce budget n’achètent pas des pains à 5 $, mais des pains à 3 $. Il a également donné l’exemple d’un morceau de porc au rabais. «Tu le fais cuire le premier soir, tu fais un rôti de porc. Ensuite, tu fais du macaroni avec du porc dedans. Ensuite, tu fais un genre de pâté chinois avec. Et après, tu fais des sandwichs pour les enfants avec», a dit M. Couillard.

«Est-ce que c’est facile? Non. Est-ce que c’est nécessairement bon pour la santé? Non. Mais de dire que ce n’est pas faisable... Malheureusement, pendant qu’on se parle, il y a du monde, aujourd’hui, qui va vivre avec ça», a-t-il dit.

Jeudi, interrogé sur les ondes d’Énergie pour savoir s’il était possible de nourrir un adulte et deux ados pour moins de 75 $ par semaine, le premier ministre a indiqué que c’était «faisable» et a ainsi suscité tout un débat sur les réseaux sociaux. «Je penserais que oui. Par contre, les menus ne seront pas très variés et on sera pas mal sur le végétal», a dit le chef libéral.

Les nutritionnistes consultés par Le Journal estiment que cette proposition est irréaliste. Nourrir correctement un adulte et deux enfants coûterait près de 190 $ par semaine, selon le Dispensaire diététique de Montréal. Une facture 2,5 fois plus élevée que celle de 75 $ évoquée par M. Couillard.

La porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Virginie Larivière, s’en est prise elle aussi au PLQ. «Les nuances végétales du premier ministre ne changent rien au fait qu’il présente la pauvreté comme un défi qui peut se relever, pour peu qu’on soit prêt à sacrifier la variété des menus», a-t-elle dénoncé.

Le point de presse du chef libéral, qui portait sur l’environnement, a été monopolisé par cette question. En voici un extrait:

Q: Est-il réellement possible de nourrir un adulte et deux adolescents avec une épicerie de 75 $ par semaine, sans l’aide de banques alimentaires?

Philippe Couillard (PC): Je connais des gens très, très bien qui, malheureusement, c’est regrettable, le font sans banque alimentaire. Maintenant, les banques alimentaires, c’est une bonne chose. Les cuisines collectives aussi. Quand les gens doivent faire tous ces efforts pour cuisiner à petit budget, savoir mieux préparer les plats, ça peut être un atout formidable.

Q: Des nutritionnistes consultés par Le Journal disent qu'il est impossible d’y arriver avec 75 $.

PC: Malheureusement, ces nutritionnistes n’ont pas rencontré les bonnes personnes. Il faut rencontrer les gens. Moi, je connais personnellement du monde qui l’a fait et qui le fait. Mais est-ce que c’est bon? Non. Est-ce qu’il faut s’en sortir? Oui.

Q: Vous avez parlé ce matin d'une femme qui a trois emplois et qui a deux enfants, et qui doit vivre avec des épiceries à 75 $ la semaine. Concrètement, que pouvez-vous faire pour elle?

PC: D’abord, on va augmenter son revenu disponible. Si cette personne est sur l’aide sociale, on va lui donner accès à un emploi le plus rapidement possible en lui donnant accès à de la formation.

Q: Mais vous dites que cette personne a trois emplois. Elle n’est donc pas sur l’aide sociale?

PC: Oui, bien, on va s’assurer qu’elle n’ait pas à faire trois emplois, mais juste un, comme nous.

Q: Comment?

PC: En s’assurant de développer une société qui fournit des emplois de qualité, comme on fait depuis 2014.

Q: Ce n’est pas très concret. Que dites-vous à cette femme qui a trois emplois et qui a de la difficulté à nourrir ses enfants? Qu’avez-vous à lui offrir?

PC: On lui offre la possibilité d’aller plus loin dans sa vie, d’aller au bout de son potentiel dans un Québec qui sera plus prospère, plus vert et plus efficace.

Q: Comment, concrètement?

PC: Avec, par exemple, un seul emploi de bonne qualité, avec un meilleur revenu. Pas à 25 ou 30 $ de l’heure, comme le dit François Legault, mais avec un meilleur revenu que ce qu’elle a actuellement.

Q: Comment offrir un meilleur revenu si vous vous opposez à la hausse du salaire minimum?

PC: Si je suis les recommandations de certains [le salaire minimum à 15 $], je vais lui faire perdre ses trois emplois. Les emplois qui sont menacés par une hausse trop rapide du salaire minimum, les économistes le disent, ce sont les emplois de la restauration, du commerce au détail, l’hôtellerie, des emplois au bas de l’échelle, des emplois du début. On n’aide pas une personne dans le besoin en supprimant son emploi.

Q: Mais qu’allez-vous faire pour la femme à trois emplois? Vous lui dites: «Gardez-en un et votre salaire horaire va augmenter magiquement»?

PC: Dans une économie en croissance, on va avoir des emplois de meilleure qualité disponibles et on va s’assurer que les gens aient plus d’argent dans leur poche.