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Alegría revisité

Alegría revisité
Photo courtoisie, Daniel Desmarais

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Le Cirque du Soleil a présenté plus d’une trentaine de créations depuis ses débuts, en 1984. Du lot, un spectacle se démarque grandement : Alegría. Pour souligner le 25e anniversaire de cette production mythique, l’an prochain, la compagnie a décidé de réactualiser l’œuvre en compagnie de certains artisans de l’époque, mais aussi de plusieurs nouveaux concepteurs. Comment toucher un tel classique sans le dénaturer ? Voilà un joli défi qui se pose pour l’équipe de création.

Daniel Ross était régisseur sur Alegría­­­, en 2000. Au fil des années, il a gravi les échelons au sein du Cirque du Soleil. Près de 20 ans plus tard, c’est lui qui est responsable de la direction de création de cette nouvelle mouture du célèbre spectacle.

Daniel Ross, 
directeur de création 
du spectacle <i>Alegría</i>, 
du Cirque du Soleil.
Photo courtoisie, Cirque du Soleil
Daniel Ross, directeur de création du spectacle Alegría, du Cirque du Soleil.

« La proposition était de prendre le spectacle Alegría, qu’on connaît tous, et d’en faire une espèce de relecture, dit-il. Au Cirque du Soleil, on n’a jamais fait ça. Pourtant, ça se voit souvent au théâtre, quand on reprend un Shakespeare, par exemple. On s’est dit qu’on pourrait faire quelque chose de similaire avec l’un de nos spectacles qui ont vraiment touché le cœur des gens. »

Pour mettre en scène cette nouvelle version, le Cirque a fait appel à Jean-Guy Legault, qui a monté les quatre spectacles-hommages du Cirque du Soleil à Trois-Rivières (Beau Dommage, Robert Charlebois, Luc Plamondon, Les Colocs). « La première chose que j’ai faite, c’était de dire que je ne suis pas Franco Dragone [le metteur en scène d’Alegría], ni Guy Laliberté [fondateur du Cirque] ou Gilles Ste-Croix [directeur de création], dit Jean-Guy Legault. C’est impossible pour moi de recréer ce spectacle-là “à la manière de”. Je ne voulais pas non plus capitaliser sur l’héritage du show. »

Spectacle <i>Alegría</i>, 
du Cirque du Soleil, 
en 2010.
Photo courtoisie, Daniel Desmarais
Spectacle Alegría, du Cirque du Soleil, en 2010.

Propos actuel

Au cours de leurs premières réunions de création, les nouveaux concepteurs ont épluché des notes et procès-verbaux de la création du premier Alegría. « C’est très intéressant de voir d’où ils sont partis à cette époque-là, dit Jean-Guy Legault. Ce qu’on a remarqué, c’est que le propos du spectacle est très actuel. On parle d’un royaume où le roi a disparu. On assiste à une quête de pouvoir. Il y a le fou du roi qui essaie de prendre le contrôle. C’est ce qui se passe un peu partout à travers la planète en ce moment. »

Jean-Guy Legault, 
metteur en scène 
du spectacle <i>Alegría</i>, 
du Cirque du Soleil.
Photo courtoisie, Cirque du Soleil
Jean-Guy Legault, metteur en scène du spectacle Alegría, du Cirque du Soleil.

Même si la plupart des membres de l’équipe actuelle d’Alegría n’étaient pas du spectacle original, on retrouve tout de même quelques collaborateurs de l’époque. « Dominique Lemieux est encore la conceptrice de costumes, indique Daniel Ross. Émilie Therrien, qui était une artiste dans Alegría, est maintenant conceptrice de contenu acrobatique. »

Prétention et humilité

Deux artistes du spectacle original – un artiste de feu et un de hula hoop – sont aussi de retour. Et le compositeur de la musique d’Alegría, René Dupéré, collaborera avec le directeur musical Jean-Phi Goncalves (voir autre texte). « D’un côté, on a amené du nouveau sang, dit Daniel Ross. Mais de l’autre, on voulait aussi garder un fil d’attache avec le premier spectacle. »

René Dupéré, 
compositeur du 
spectacle <i>Alegría</i>, 
du Cirque du Soleil.
Photo courtoisie, Tomasz Rossa
René Dupéré, compositeur du spectacle Alegría, du Cirque du Soleil.

Jean-Guy Legault reconnaît que le défi est élevé de retoucher un classique sans le dénaturer. « C’est un beau danger. Depuis 1994, les gens ont vu plein d’autres spectacles de cirque. Ils ont plein de références. Recréer le même rapport au public en remettant le même spectacle qu’à l’époque, ç’aurait été une erreur monumentale pour moi. [...] Il faut avoir la prétention d’être capable de réinventer quelque chose. Et il faut aussi avoir l’humilité de dire qu’on n’est pas parti de zéro. On n’a pas inventé Alegría. Mais on est capable de le réinventer. »


►Le spectacle Alegría – Le retour d’un classique sera présenté sous le Grand Chapiteau, dans le Vieux-Port de Montréal, à compter du 18 avril 2019. Il se déplacera ensuite à Gatineau à partir du 1er août. Pour les billets : cirquedusoleil.com/alegria.

Alegría en quelques points

  • Alegría a été présenté pour la première fois le 21 avril 1994 sous le Grand Chapiteau dans le Vieux-Port de Montréal.
  • Le spectacle a été en tournée pendant 15 ans sous le Grand Chapiteau et a tiré sa révérence le 5 avril 2009.
  • En mai 2009, Alegría a amorcé un nouveau chapitre en étant présenté dans un nouveau format dans des arénas à travers le monde. Après quatre années de tournées, le spectacle a donné sa dernière représentation le 29 décembre 2013 à Anvers, en Belgique.
  • La bande sonore d’Alegría est jusqu’à présent l’album du Cirque du Soleil le plus vendu.
  • En tout, depuis sa première en 1994, Alegría s’est promené pendant 19 ans dans le monde, a été présenté plus de 6600 fois et a été vu par plus de 14 millions de spectateurs dans 255 villes différentes dans 40 pays du monde.
  • En 2019, Alegría mettra en vedette une distribution internationale de 53 artistes et musiciens.

Une musique marquante

En entrevue avec Le Journal, le compositeur René Dupéré le reconnaît d’emblée : le spectacle Alegría a changé sa vie. « Lorsque je l’ai fait, je me demandais si je devais continuer [avec le Cirque]. Parce que j’avais l’impression d’avoir atteint quelque chose. J’avais peur que les gens disent qu’un autre spectacle n’était pas aussi bon qu’Alegría. C’est pour ça que ça m’a pris dix ans avant que je refasse un spectacle du Cirque du Soleil [il a fait KÀ, en 2004, et ZED, en 2008]. »

Arrivé au Cirque dès sa création, René Dupéré a conçu la musique de quatre spectacles, dont Saltimbanco, en 1992, et Mystère, en 1993, avant de faire Alegría. « Je me disais qu’il fallait que j’aille dans des sonorités européennes, dit-il. Je me suis laissé guider par mon intuition. »

Jean-Phi Goncalves, 
direction et arrangements 
musicaux du nouveau 
spectacle <i>Alegría</i>,
 du Cirque du Soleil.
Photo courtoisie, Cirque du Soleil
Jean-Phi Goncalves, direction et arrangements musicaux du nouveau spectacle Alegría, du Cirque du Soleil.

Sur la nouvelle version d’Alegría, René Dupéré laissera principalement la place à Jean-Phi Goncalves, qui réarrangera ses compositions originales. « Dès le départ, on s’est entendus, avec l’équipe de conception, que s’il y avait de la nouvelle musique sur le spectacle, j’allais la faire, dit René Dupéré. Mais sinon,­­­­­ le travail de Jean-Phi sera de prendre ces musiques-là et de les faire siennes. Je ne veux pas m’en mêler. Je n’essaie pas d’être flatteur, mais ce que j’ai entendu de Jean-Phi jusqu’ici, ça m’a beaucoup plu. Je n’ai aucun problème à le laisser travailler là-dessus, au contraire. »

Nouvel enrobage

De son côté, Jean-Phi Goncalves reconnaît qu’un tel travail vient avec sa part de pression. « C’est le même défi que les quatre dernières années à Trois-Rivières [avec les spectacles-hommages du Cirque]. Je le vois un peu comme une femme que j’habille. La femme reste la même, mais la robe change. [...] La chanson Alegría ne sera pas dénaturée, ajoute-t-il. Elle va juste avoir un nouvel enrobage. Il n’y a personne qui va dire : qu’est-ce qu’ils ont fait avec mon Alegría ? (rires) »

En raison de ce nouveau projet, Jean-Phi Goncalves ne sait pas encore s’il sera de retour à Trois-Rivières­­­, l’été prochain, pour un autre spectacle-hommage du Cirque. De son côté, René Dupéré donne des spectacles depuis quatre ans avec Francesca Gagnon, la voix originale d’​Alegría. Pourrait-on voir un futur spectacle du Cirque du Soleil avec la musique signée René Dupéré ?

« Honnêtement, non, répond-il. Il y a deux ans, j’ai décidé que je ne passerais plus une année complète sur un spectacle. Ce n’est pas à cause du Cirque. Mais à l’âge que j’ai, je n’ai plus 50 années devant moi. La musique du cirque, je l’ai faite. J’ai envie de faire autre chose. »