/opinion/columnists
Navigation

Les mystères de Québec solidaire

Avec la croissance de Québec solidaire, des questions sérieuses se posent sur le fonctionnement de ce parti.
Photo d'archives, Chantal Poirier Avec la croissance de Québec solidaire, des questions sérieuses se posent sur le fonctionnement de ce parti.

Coup d'oeil sur cet article

Jean-François Lisée a perdu gros en utilisant sa première intervention du Face-à-Face pour s’enquérir du fonctionnement de Québec solidaire. Surtout qu’en faisant cela, il gaspillait son occasion de parler de santé. Le prix politique pour le chef du PQ est élevé.

Il a néanmoins soulevé une vraie question. Comment fonctionne Québec solidaire ? Qui dirige ? Et surtout, qui est le vrai chef ? Quand Québec solidaire avait moins de 10 % d’appuis et deux ou trois sièges, la question pouvait paraître anodine.

La tendance actuelle nous amène ailleurs. Le parti de gauche fait des gains. Je m’attends personnellement à voir leur nombre de sièges s’accroître. Dans un scénario où la poussée se poursuit, Québec solidaire deviendra une force incontournable dans le prochain parlement.

Balance du pouvoir

Compte tenu de la probabilité élevée d’un gouvernement minoritaire, on doit même s’arrêter pour considérer l’hypothèse que les députés de ce parti détiennent la balance du pouvoir. Il s’agit d’une énorme responsabilité. Ils auraient un veto sur l’adoption d’un budget.

Comment se comporteraient-ils ? Pourraient-ils forcer des mesures dommageables pour l’économie et les finances publiques ? Ce sont des questions légitimes. Ce sont aussi des questions qui mettent en relief l’importance de comprendre comment fonctionne Québec solidaire.

Manon Massé mène-t-elle vraiment ses troupes ? Dans l’équilibre fragile d’un gouvernement minoritaire, il faut négocier les compromis qui font avancer les choses. Manon Massé devra-t-elle consulter chaque fois des forces inconnues du public ? Le Québec en entier pourrait se retrouver paralysé pendant des jours pendant que Manon Massé consulte ses « instances ». Des non-élus gardiens d’une idéologie radicale de gauche.

Québec solidaire se défend en disant avoir droit à son propre fonctionnement interne. À moitié vrai. Chaque parti politique a ses propres statuts et règlements, cela va de soi. Mais le Québec est gouverné par des règles électorales et un fonctionnement des institutions auxquels tous les partis sont soumis.

Je ferais un parallèle avec un club d’adeptes de la motocyclette. Le club peut fixer des règles de fonctionnement et établir le prix de la carte de membre. Cependant, le club ne pourrait jamais dire à ses membres : « Dans notre club, nous roulons à 150 km/h sur les autoroutes. » Une règle interne ne peut pas se substituer au Code de la route.

Les pouvoirs du vrai chef

De la même manière, les règles très particulières de Québec solidaire ne peuvent pas les soustraire à l’application de la Loi électorale. Celle-ci confère des pouvoirs énormes à la personne qui occupe le poste de chef.

Présentement, c’est à un personnage hors de la sphère publique que sont remis ces pouvoirs, un dénommé Gaétan Chateauneuf, un ancien de la CSN, le chef de Québec solidaire désigné par le parti à Élection Québec.

Par exemple, le chef signe la lettre d’autorisation des candidats. Il peut aussi la retirer pour un candidat qui a mal agi. On a vu dans cette campagne-ci à quel point ce pouvoir est épineux et important. L’interne de QS est d’intérêt public.