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Les restants de rôti de porc

Ce qu’on attend d’un leader qui mériterait notre confiance, c’est qu’il soit capable de s’indigner comme nous.
Capture d'écran, TVA Nouvelles Ce qu’on attend d’un leader qui mériterait notre confiance, c’est qu’il soit capable de s’indigner comme nous.

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Nous vivons à une époque où le président du Collège des médecins gagne 643 000 $ par année et où Christian Dubé de la CAQ encaisse 1,8 million $ en quittant un poste qu’il occupait depuis trois ans, mais où le premier ministre pense qu’il est possible de nourrir trois personnes avec 75 $ par semaine.

Si on cherche à trouver une explication au cynisme ambiant et à la montée des populismes, il faudra bien un jour se questionner sur cet esprit ambiant où il n’y en aurait jamais assez pour les puissants, alors que les humbles pourraient toujours s’arranger avec moins.

Prenez Philippe Couillard. On comprend, lorsqu’il dit qu’il est possible de faire une épicerie de 75 $ par semaine, qu’il ne pense pas que c’est souhaitable et que c’est facile. Demeure qu’il répond à la question en la prenant par le mauvais sens. La vérité, c’est que c’est impossible d’offrir une alimentation saine et complète à une famille avec aussi peu, et que des gens y sont quand même contraints. Alors il peut bien deviser sur les différentes déclinaisons possibles d’un restant de rôti de porc, demeure que quand on l’entend parler d’en mettre dans un pâté chinois, on comprend que la trilogie « steak haché, blé d’Inde, patates » fait partie de ce qui échappe à sa compréhension du Québec.

S’indigner

Surtout, il manque l’essentiel, de la part d’un chef politique qui réclame le mandat de gouverner pour quatre années de plus. C’est-à-dire que ce que l’on attend d’un premier ministre, ce n’est pas qu’il nous inspire dans nos recettes de cuisine. On a Ricardo pour ça, quoiqu’on l’a plutôt chargé des écoles, celui-là...

Ce qu’on attend d’un leader qui mériterait notre confiance, c’est qu’il soit capable de s’indigner comme nous, un préalable à ce qu’il témoigne de sa volonté, de sa vision et de sa compétence pour créer le changement.

Mais non, le froid neurochirurgien qui se réjouit quand Bombardier fait des mises à pied parce que ça permet à l’action de monter ne nous fera pas la démonstration de sa colère. Jamais autant que quand vient le temps de critiquer ses adversaires, mais peut-être un peu plus que quand Eugenie Bouchard place ses actifs dans un paradis fiscal, comme il l’a jadis fait lui-même.

Le souci, c’est qu’il n’y a pas d’île de Jersey pour donner à la majorité des gens qui votent le petit répit auquel ceux qui ont trop de fric pour savoir quoi en faire ont droit. Pour les personnes qui se débrouillent avec le salaire minimum ou un prêt étudiant, loin d’un proverbial « break », c’est à un sermon constant qu’ils ont droit.

On leur explique comment se débrouiller en mélangeant un restant de Diner Kraft à un autre restant de Diner Kraft pour se faire un nouveau Diner Kraft. Le tout en oubliant que ceux qui peinent à joindre les deux bouts en arrachent généralement aussi à concilier un travail précaire et peu valorisant à une vie de famille qu’on voudrait quand même heureuse. Il n’y a pas de parties de pêche sur les rivières aux saumons pour ceux-là.

Enjeux négligés

C’est l’un des enjeux négligés de cette campagne électorale. La lutte à la pauvreté n’est pas payante politiquement, notamment parce que les mal pris ont souvent des problèmes plus urgents que d’aller voter.

En attendant, Philippe Couillard pourra bien se vanter de diriger le seul parti qui a une stratégie de lutte à la pauvreté, ce n’est pas comme s’il n’avait pas manqué toutes les occasions de montrer ce qu’il avait dans le cœur.