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L’ex-ministre Pierre Paradis fait l’objet d’une enquête de l’UPAC

La police envisage des accusations dans l’affaire de son allocation de logement

Philippe Couillard, dans cette photo d’archives avec son ministre Pierre Paradis, a affirmé jeudi qu’aucun membre de son gouvernement n’avait quelque chose à se reprocher en matière d’éthique. Pierre Paradis fait l’objet d’une enquête de l’UPAC.
Photo d’archives, Jean-François Desgagnés Philippe Couillard, dans cette photo d’archives avec son ministre Pierre Paradis, a affirmé jeudi qu’aucun membre de son gouvernement n’avait quelque chose à se reprocher en matière d’éthique. Pierre Paradis fait l’objet d’une enquête de l’UPAC.

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L’ex-ministre libéral Pierre Paradis fait l’objet d’une enquête criminelle pour fraude, abus de confiance et usage de faux documents en lien avec son allocation de logement payée par les fonds publics, a appris notre Bureau d’enquête.

L’affaire avait fait grand bruit en juin alors que le député de Brome-Missisquoi s’était fait taper sur les doigts par la commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale, Ariane Mignolet.

Cette dernière lui reprochait d’avoir utilisé son allocation de logement à Québec pour « favoriser les intérêts » de sa fille et de son gendre. Elle recommandait que M. Paradis rembourse 24 443,63 $ (voir encadré).

Pierre Paradis s’était alors vigoureusement défendu et avait affirmé n’avoir rien à se reprocher. En août, le Parti libéral du Québec l’a même réintégré dans son caucus, lui qui en avait été exclu au début de l’année 2017 après des allégations d’inconduite sexuelle pour lesquelles il n’a finalement pas été accusé.

Aussi récemment que jeudi soir, lors du Face-à-Face sur les ondes de TVA Nouvelles, Philippe Couillard en a ajouté une couche au sujet de l’intégrité de ses troupes.

« Mon gouvernement n’a absolument rien à se reprocher, rien à se reprocher sur le plan de l’éthique. Je vous défie de citer un seul cas », a-t-il affirmé.

Plus qu’un simple rapport

Or, l’« affaire Paradis » s’est rendue beaucoup plus loin qu’un simple rapport de la commissaire à l’éthique. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) mène aussi une enquête en bonne et due forme depuis février 2017, selon des documents que nous avons consultés.

Cette enquête progresse rondement, si bien qu’une procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Vicky Anik Pilote, travaille maintenant de concert avec les policiers.

Ces derniers ont déjà en leur possession plusieurs reçus et pièces bancaires liés aux versements d’argent qui auraient impliqué Pierre Paradis. Ils sont convaincus de la solidité de leur dossier, selon nos sources.

Il importe de préciser que la preuve amassée n’a pas encore passé le test de la justice, et qu’aucune accusation criminelle n’a été déposée à ce stade-ci.

Il n’est pas au courant

Joint brièvement au téléphone par notre Bureau d’enquête hier, Pierre Paradis a mentionné qu’il n’était pas au courant d’une enquête de l’UPAC le concernant.

« Je n’ai jamais entendu parler de ça », a-t-il dit.

Il a rappelé qu’il avait mis sa version « par écrit » et qu’il l’avait « déposée à l’Assemblée nationale ».

Le député ne se présente pas à l’élection du 1er octobre. Il prend sa retraite politique après une carrière de presque 40 ans.

 

La saga Pierre Paradis

26 janvier 2017

Des médias révèlent que Pierre Paradis est visé par une plainte pour inconduite sexuelle de la part d’une ancienne employée de son cabinet. Le député est exclu du caucus libéral et perd son poste de ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.


19 juin 2017

Le député ne fera l’objet d’aucune accusation concernant les allégations d’inconduite sexuelle, annonce le DPCP.


5 juin 2018

La commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale blâme sévèrement Pierre Paradis. Elle allègue qu’entre 2009 et 2012, Paradis aurait loué un logement près de l’Assemblée nationale grâce à son allocation payée par des fonds publics. Dans les faits, c’est la fille du député et son conjoint qui habitaient les lieux. Pierre Paradis n’y aurait eu qu’une chambre réservée.

Puis, en 2012, Pierre Paradis aurait signé un bail pour louer le condominium que venaient d’acheter sa fille et son gendre.

La commissaire à l’éthique estime que le député n’a pas fait preuve « de droiture, de sagesse, d’honnêteté, de sincérité, de justice et de rigueur » avec l’argent des contribuables.


5 juin 2018, en soirée

Pierre Paradis nie avoir commis des manquements à l’éthique. Il soutient que la commissaire est en conflit d’intérêts, et affirme que la plaignante à l’origine de l’enquête est la même qui l’a accusé d’inconduite sexuelle en 2017.


14 juin 2018

Les élus libéraux votent contre les recommandations de la commissaire à l’éthique. Pierre Paradis échappe donc à des sanctions et n’aura pas à rembourser près de 25 000 $.


15 juin 2018

Pierre Paradis met en demeure la commissaire à l’éthique de se rétracter et de lui « présenter des excuses publiques ».


16 août 2018

Pierre Paradis est réintégré dans le caucus libéral.