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«Ce n’est pas un métier que tu choisis pour l’argent»

«Ce n’est pas un métier que tu choisis pour l’argent»
Photo Chantal Poirier

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Percer en danse, c’est loin d’être facile. Les participants de Révolution, la nouvelle téléréalité de TVA, en savent quelque chose. Mais jamais autant que Lydia Bouchard, Les Twins et Jean-Marc Généreux. Malgré leurs parcours diamétralement opposés, les maîtres du concours ont tous trimé dur et surmonté de nombreux obstacles pour atteindre le sommet. « Ce n’est pas un métier que tu choisis pour l’argent ou pour être connu ; c’est un métier que tu choisis par passion, déclare Lydia Bouchard au Journal. Ceux qui réussissent à gagner leur vie en dansant sont chanceux. Heureusement, j’en fais partie. »

Chorégraphe au Cirque du Soleil (Le monde est fou, Stone), Lydia Bouchard s’est fait dire non à plusieurs reprises à l’adolescence, quand elle disait qu’elle voulait faire carrière en ballet classique.

« Plein, plein, plein de gens m’ont dit que c’était impossible, que c’était comme frapper un mur de briques, que je devais changer de voie... “Elle n’a pas ce qu’il faut.” “Elle doit oublier ça.” J’ai tout entendu. Mais pour moi, ce n’était pas une option. Je devais danser. Convaincre les gens, j’en ai fait ma job à partir de 16 ans. C’était une obsession. »

Parents inquiets

Pour Jean-Marc Généreux, un champion québécois de danse latine et sportive connu un peu partout à travers le monde grâce à des émissions comme So You Think You Can Dance, son plus grand défi a été de persuader son père, un comptable, qu’il prenait la bonne décision en choisissant la danse et non l’architecture au cégep.

« Ça a pris six ans avant qu’il vienne me voir danser, raconte le coloré juge à Danse avec les stars en France. Parce qu’il ne comprenait pas. »

« Ça inquiète beaucoup les parents quand leur enfant leur dit qu’il veut être danseur, ajoute Lydia Bouchard. Le marché est tellement difficile. »

Une mère à convaincre

Larry et Laurent Bourgeois, membres des Twins, ont également travaillé fort pour rallier leur mère. Grosses pointures de danse urbaine connues internationalement grâce à YouTube, étroits collaborateurs de Beyoncé et champions du concours télévisé World of Dance de Jennifer Lopez, les deux Français d’origine guadeloupéenne, aujourd’hui âgés de 29 ans, ont patienté longtemps avant d’obtenir la reconnaissance de celle qui leur avait inculqué le goût de danser.

« On s’est battus jusqu’à ce qu’on ait 22 ans, raconte Laurent. Et pourtant, on était très forts bien avant. On travaillait avec plusieurs grandes stars, mais elle s’en fichait. Pour notre mère, tant que tu n’as pas fait la salle André-Malraux de Sarcelles, le Stade de France ou Arthur le vendredi soir sur TF1, c’est mort ! »

« Ce n’est pas qu’elle ne croyait pas en notre don, précise Larry. C’est qu’elle ne croyait pas qu’on pouvait réussir à gagner notre vie en dansant. Aujourd’hui, elle est épanouie. C’est la mère la plus heureuse du monde. »

En secret

En entrevue, les jumeaux racontent combien les planètes étaient alignées contre eux lorsqu’ils essayaient de faire valoir leur talent au début des années 2000, alors qu’ils étaient des adolescents d’une banlieue pauvre.

« On a souffert, indique Larry. On a dansé toute notre vie, mais c’était un problème. Il ne fallait absolument pas montrer ce qu’on savait faire à qui que ce soit parce qu’on aurait eu énormément de problèmes. Notre banlieue refusait d’évoluer. S’il y en avait un qui avait plus d’argent ou qui avait un talent qui allait lui permettre de devenir quelqu’un, il était cuit. On a vu de bons petits footballeurs se faire taper la jambe droite pour mettre fin à tout espoir. C’est bête. On n’avait pas le droit de montrer qu’on dansait, parce qu’on allait subir le même sort. C’est pour ça qu’on dansait chez nous, en secret. »

Heureusement, leur situation a changé du tout au tout quand ils ont remporté un concours à leur école intitulé Les talents cachés.

« On a fait notre show, puis on est devenus intouchables à cause de l’amour des parents, des petites-nièces, des cousines et des grands frères qui nous protégeaient un peu plus », explique Laurent.

TVA présente la première de Révolution, animée par Sarah-Jeanne Labrosse, dimanche à 19 h 30.

Questionnaire dansant

Les maîtres de Révolution ont répondu aux questions du Journal.

Votre premier slow ?

Les twins
Photo Chantal Poirier
Les twins
  • Larry (Les Twins) : C’était sur Aimer de Roméo et Juliette ou Belle de Notre-Dame-de-Paris. [Rires] C’est grave, j’ai envie de mourir !
  • Lydia Bouchard : C’était sur Nothing Else Matters, qui était interminable. J’étais dans une boîte de nuit pour ados. C’est la fois où j’ai réalisé qu’il fallait que j’arrête de porter des pantalons de jogging. Je m’en suis rendu compte pendant la chanson. J’ai vécu un moment de solitude intense. C’était terrible ! C’était très inconfortable.
  • Jean-Marc Généreux : J’avais probablement sept ans. J’ai complètement oublié la chanson, mais je n’ai pas oublié la fille. Je montais et descendais les doigts dans son dos. C’est une technique que j’avais vue dans un film. Ça devait être creepy !

La première fois que vous avez dansé en public ?

Jean-Marc Généreux
Photo Chantal Poirier
Jean-Marc Généreux
  • Larry (Les Twins) : C’était un numéro intitulé Double face dans un concours quand on était en sixième.
  • Lydia Bouchard : C’était un concerto pour piano. On était cinq filles. Et quand je regarde les photos, je me dis : « Mon Dieu que tes pointes étaient vieilles et molles ! Comment t’as fait pour survivre sur scène pendant 12 minutes ? » [Rires]
  • Jean-Marc Généreux : C’était ma première compétition de danse. Je dansais avec Chantal, la cousine de France. Elle avait une tête de plus que moi. Personne ne croyait en moi. J’avais seulement participé au concours pour gagner le cœur de France.

Votre film de danse préféré ?

  • Larry (Les Twins) : Mary Poppins
  • Lydia Bouchard : J’ai fait 600 représentations de Dirty Dancing. Ça reste un classique de mon adolescence. Et Meet Me in Las Vegas. La scène du gun avec Cyd Charisse. C’est une bataille entre filles dans un club. Ça date de 1956, mais techniquement, c’est encore impressionnant.
  • Jean-Marc Généreux : Singing in the Rain. C’est un chef-d’œuvre.

Votre pire blessure ?

Lydia 
Bouchard
Photo Chantal Poirier
Lydia Bouchard
  • Laurent (Les Twins) : J’étais à World of Dance, la compétition de danse internationale de Jennifer Lopez. Mon tendon d’Achille a lâché. Ma jambe gauche était paralysée. Ça devait prendre un bon deux ans de récupération, mais après une semaine et trois jours, j’étais sur mes pieds pour la finale. Le médecin avait scotché mes orteils jusqu’à mes fesses. Et aujourd’hui, je marche encore sans avoir subi d’opération.
  • Larry (Les Twins) : Quand on a perdu Incroyable talent en 2008, aux dépens d’un sans-abri qui fait des pétards. Ça m’a vraiment détruit. C’était tellement une haine d’entendre les commentaires des juges. Ça m’a donné un coup de poing. Ma vie a changé après. Depuis ce temps, on refuse de perdre.
  • Lydia Bouchard : Des fractures de stress au tibia. Ça fait mal de façon exponentielle. Ça dure des mois. C’était très douloureux. J’ai dû changer toute ma façon d’aborder mon travail pour arrêter d’en souffrir.
  • Jean-Marc Généreux : J’étais en compétition à Houston, au Texas. Quand le champion en titre est arrivé, tout le monde s’est mis à crier pour lui. Ça m’a énervé. On était en train de danser le jive et j’ai décidé d’improviser en sautant dans les airs pour tomber en split. Mais quand tu veux faire un grand écart et que ton corps n’est pas préparé... c’est très mauvais. Ça n’a pas tenu entre mes deux jambes. J’ai perdu un bout du coccyx. Et encore aujourd’hui, quand il fait froid l’hiver, j’ai encore des petites sensations...

Votre chanson préférée pour danser ?

  • Larry (Les Twins) : El Tango de Roxanne ou Nature Boy, tirées du film Moulin Rouge.
  • Laurent (Les Twins) : J’aime beaucoup Nina Simone.
  • Lydia Bouchard : La musique classique vient me chercher, mais je suis aussi une grande fan de jazz. Étonnamment, My Funny Valentine de Chet Baker, ça me vire à l’envers.
  • Jean-Marc Généreux : September de Earth, Wind & Fire. Ça me rappelle la première fois que mon père m’a vu danser avec France (Mousseau, son épouse). C’était un cha-cha-cha de feu !

Votre modèle ?

L’égérie (ou la muse)
de l’émission
Sarah-Jeanne 
Labrosse
Photo Chantal Poirier
L’égérie (ou la muse) de l’émission Sarah-Jeanne Labrosse
  • Laurent (Les Twins) : À part notre mère, qui a donné le don de danser à tous ses enfants, je dirais Will Smith, Jackie Chan, Jim Carrey et Bruce Lee.
  • Lydia Bouchard : Daniel Seillier. C’est un homme qui m’a enseigné de 82 ans à 89 ans. Je l’ai connu en fin de carrière, alors qu’il enseignait au Conservatoire de danse de Montréal. Il m’a prise sous son aile. J’ai été très chanceuse.
  • Jean-Marc Généreux : Antoine Préfontaine et Paulette Lebacq. Ils ont été mes premiers professeurs. Ils étaient d’une droiture et d’une générosité incroyables. Je dois aussi mentionner Myriam Pearson, qui est une pionnière du ballroom au Québec. Elle nous a permis de voir grand.