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Les salauds ont-ils droit à une deuxième chance?

Jian Ghomeshi
Photo d'archives, Maxime Deland Jian Ghomeshi

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Le mouvement #metoo #moiaussi est-il en train de déraper ?

C’est la question qu’on peut se poser cette semaine. Un homme vient de perdre son emploi, non pas pour avoir posé des gestes horribles sur une femme, mais pour avoir publié un texte écrit par un homme qui a été accusé d’avoir posé des gestes horribles sur une femme... et qui a ensuite été acquitté.

Le rédacteur-en-chef de la prestigieuse publication littéraire américaine The New York Review of Books, Ian Buruma, a perdu son emploi pour avoir publié un texte de Jian Ghomeshi, l’ancien animateur radio de CBC, qui revenait sur son expérience.

Comme l’écrivait le commentateur britannique Brendan O’Neill dans Spiked : « Quand un éditeur respecté est expulsé de la société civile pour avoir publié les mots d’un homme qui n’a été trouvé coupable d’aucun crime, vous savez qu’on vit à une époque sombre, et laide ».

TOUS COUPABLES !

Récemment, le comédien Sean Penn s’est exprimé au sujet du mouvement #metoo, qu’il trouve trop « noir ou blanc ». « Je suis très suspicieux vis-à-vis d’un mouvement sur lequel tout le monde se jette, sans aucune nuance [...] Et même lorsqu’on cherche à en parler de manière nuancée, ces nuances elles-mêmes sont critiquées ».

Penn a tout à fait raison. C’est pourquoi j’ai mis des gants blancs pour écrire cette chronique, que je marche sur des œufs et tourne sept fois mes doigts au-dessus de mon clavier avant d’écrire. Parce que je ne veux pas être mal citée, mal interprétée.

Comprenez-moi bien. Je ne prends pas la défense de Ghomeshi. Je défends simplement le principe d’une société de droit. Si un homme est acquitté et que la « meute » le traite quand même comme s’il avait été trouvé coupable, il y a un problème.

C’est là que le mouvement #metoo #moiaussi dérape. On traite en coupables des citoyens qui ont été acquittés. Et on traite en coupables des citoyens (comme Rozon ou d’autres) qui n’ont même pas eu droit à un procès juste et équitable : c’est le contraire de la justice.

On n’a même plus besoin d’avoir de procès : on t’accuse, on te juge et on te condamne juste sur la foi de déclarations de présumées victimes faites aux médias.

PAYER SA DETTE

Vous vous souvenez quand Bertrand Cantat (le chanteur de Noir Désir qui a tué sa conjointe Marie Trintignant) voulait se présenter sur la scène du TNM pour une pièce de théâtre montée par Wajdi Mouawad ? Ceux qui prenaient sa défense disaient qu’il avait purgé sa peine, payé sa dette à la société, et qu’il avait droit à une deuxième chance.

Mais si un homme qui a passé du temps en prison a droit à une deuxième chance, est-ce qu’un homme qui, lui, n’a même pas été trouvé coupable n’a pas droit lui aussi à une deuxième chance ?

Est-ce qu’on peut se poser ces questions-là au sujet de #metoo ?

Je marche sur des œufs, mais je m’attends à me faire lancer des tomates. Est-ce qu’on peut apporter des nuances, éprouver des malaises, exprimer des craintes ?

Ou est-ce qu’on doit tous pencher du même bord, croire les présumées victimes sur parole et ne jamais remettre en question ce mouvement ?