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«On est sur la bonne voie»

POL-FACE À FACE TVA
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

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C’est ce que Philippe Couillard ne cesse de répéter : « On est sur la bonne voie », « Les choses s’améliorent », « Plus qu’hier, moins que demain »...

En d’autres mots : vous croyez que ça va mal, dans le système de santé, mais ce n’est qu’une illusion.

En fait, ça va de mieux en mieux.

SANS GPS

Puis vous ouvrez Le Journal, et vous apprenez qu’une femme malade qui s’est rendue à l’hôpital a été parquée sur une civière entre deux toilettes.

« Oui, mais c’est une anecdote, il ne faut pas juger l’ensemble du système à la lumière de cet incident malheureux... »

Question quiz : combien ça prend d’anecdotes pour qu’un « incident isolé » devienne un mouvement de fond ?

(C’est comme le terrorisme : ça prend combien de « loups solitaires » pour qu’on puisse parler de meute ?)

Tous les jours, les médias sortent des histoires semblables.

Et on serait sur « la bonne voie » ?

Ça fait 15 ans que les libéraux sont au pouvoir et ça fait 15 ans qu’on est « sur la bonne voie ».

Quand va-t-on arriver à bon port, au juste ?

Il y a quelques années, ma femme et moi avons été invités au chalet d’un ami.

C’est moi qui conduisais, et je me suis trompé de sortie. On s’est retrouvés direction Vermont.

« Coudonc, m’a demandé ma blonde après 90 minutes de route, t’es sûr que tu as le bon chemin ?

— Oui, oui, ne t’en fais pas, on est sur la bonne voie », lui ai-je répondu pour la rassurer.

On ne s’est jamais rendus.

Depuis ce temps, chaque fois que j’entends des gens dire qu’on est « sur la bonne voie », je grince des dents en me disant : « Tiens, un autre tapon qui est trop fier pour avouer qu’il est perdu... »

CALME PLAT

À entendre Philippe Couillard, nous sommes tous déconnectés et nous avons tous halluciné, car tout va bien dans le système de santé.

Ben coudonc.

Ou c’est nous qui sommes déconnectés, ou c’est lui.

Comme Pierre Bruneau l’a si bien dit lors du Face-à-Face de jeudi : « Au Québec, l’exception est en train de devenir la règle. »

Si Philippe Couillard faisait montre d’un peu de compassion pour les laissés-pour-compte du système de santé, son optimisme à tout crin passerait peut-être mieux auprès de la population...

Mais non, peine perdue.

« Vous me connaissez, j’ai fait comme d’habitude, je suis resté calme », a dit le PM aux journalistes après le Face-à-Face.

C’est justement ça, le problème : il a été trop calme.

Pas le moindre petit mouvement à la surface.

Un gros bassin d’eau stagnante.

Comme si toutes les anecdotes sur le système de santé que les médias sortent jour après jour ne lui faisaient pas le moindre pli sur la bedaine.

Passé un certain niveau, la quiétude ressemble à s’y méprendre à de l’indifférence.

Vous vous souvenez de la fameuse phrase que Bill Clinton aimait répéter ? « I feel your pain. »

Je partage votre douleur.

C’était peut-être faux.

Mais ça fait du bien à entendre...