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Un Québec estropié

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Quand j’étais un chroniqueur tout frais émoulu, j’avais attiré une attention inattendue en critiquant le chef de mon ancienne formation politique, qui est accessoirement le propriétaire du Journal dans lequel j’écris. Pierre Karl Péladeau n’avait pas fermé la porte à la partition d’un Québec souverain et je l’avais accusé de manquer de culture politique.

Le temps a passé. Pierre Karl Péladeau est revenu chez Québecor et moi, bien, je suis encore là. En toute justice, je ne peux donc manquer de m’en prendre aujourd’hui avec la même vindicte à des acteurs politiques qui ont mis les pieds dans les mêmes plats.

Consensus

Manon Massé rappelait hier le processus d’accession à l’indépendance proposé par sa formation politique. Une assemblée constituante, élue au suffrage universel, serait pleinement libre de ses délibérations, même s’il devait être question de partition du territoire.

« On va partir avec les délimitations actuelles du Québec, puis on va discuter avec nos frères et sœurs autochtones », a dit la co-porte-parole. « Nous, on est convaincus que ce n’est pas quelque chose qui va arriver », a ajouté Catherine Dorion, candidate dans Taschereau.

D’accord.

On va s’entendre sur ce dont on parle, ici.

Depuis 1912, date de la fixation des frontières du Québec, l’intégrité de notre territoire est un des principaux consensus de notre débat politique.

Depuis Lomer Gouin, tous les premiers ministres, qu’ils aient été libéraux, unionistes ou péquistes, qu’ils aient été fédéralistes ou souverainistes, ont tous refusé, sans aucune nuance, d’accepter la validité de l’hypothèse selon laquelle le Québec pourrait être morcelé.

Depuis la formation du mouvement souverainiste, on assume que la nation québécoise forme un tout et qu’elle englobe tous les gens qui vivent sur ce vaste territoire et qu’ils sont libres de participer à son développement et qu’ils ont un droit égal de bénéficier de ses richesses.

Et c’est exactement sur ce genre de point que Québec solidaire démontre à quel point il propose une rupture radicale avec la manière dont le Québec se définit.

Ce qui fait le Québec

Le projet d’assemblée constituante de Québec solidaire est problématique à la base. Si cette assemblée est représentative de ce que le Québec est actuellement, comment pourrait-elle être autrement que de droite et fédéraliste ? On va régler ça avec une campagne d’éducation populaire et des discussions pour rallier les gens autour d’une constitution, répond-on. Comme si ça ne faisait pas un demi-siècle qu’on en parle.

Quand on travaille un sympathisant de QS au corps, il finit toujours par nous dire que les frontières sont un concept issu d’institutions coloniales, donc peu légitimes et qu’il ne faut pas trop s’y attacher. Un peu la même chose que le fait français et le reste de ce qui fait le Québec, en somme.

Rendu là, si on accepte l’hypothèse que les autochtones puissent partir avec une partie majeure de notre territoire, en vertu de quoi refuserait-on ce droit aux descendants des loyalistes des Cantons-de-l’Est ? Aux Outaouais qui travaillent en Ontario ? Aux Beaucerons qui auront voté Non ?

C’est ça le problème, avec la démarche d’accession à la souveraineté de QS. On savait déjà qu’elle avait peu de chances d’aboutir à un Québec pays. On sait désormais que s’il devait advenir dans ces conditions, il serait manifestement estropié.