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Moi, faire ce petit boulot?

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Au sujet de la pénurie de main-d’œuvre au Québec...

Vous souvenez-vous de la sortie de Jean-Luc Mongrain sur l’immigration ?

Un des grands moments de l’histoire de la télé québécoise.

« JE SUIS QUÉBÉCOIS, MOI ! »

Une femme avait appelé Mongrain à TVA pour se plaindre du fait que les immigrants volaient les jobs des « vrais » Québécois...

Il n’en fallait pas plus pour que l’animateur pète les plombs et fasse les gros yeux...

« Il faut absolument se débarrasser de ce préjugé concernant les immigrants. Ce n’est pas vrai que s’il y avait moins d’immigration, il y aurait moins de gens à l’aide sociale.

C’est une équation tentante, mais ce n’est pas le cas.

« La preuve : nous sommes obligés d’importer de la main-d’œuvre parce que nous-mêmes, on n’est pas capables de faire la job disponible parce qu’on n’est pas assez bien formés.

« Je vais vous dire quelque chose, Madame. Dans le temps que j’étais p’tit gars, sur la rue Saint-Hubert, en avant de chez nous, il y avait deux Italiens.

Tout le village, on les regardait, on se disait : hey, ils restent ensemble dans le restaurant, ça doit être deux homosexuels.

« Il y en avait un qui couchait à l’arrière du comptoir et l’autre faisait de la pizza 20 heures sur 24. Trois ans après, ils étaient propriétaires du bloc, et c’est moi qui étais en logement chez eux. C’est moi qui faisais monter de la pizza d’en bas... »

Alors que le Québécois « de souche », de continuer Mongrain, refuse souvent de faire ces sacrifices.

Il va au centre de recherche d’emploi, voit qu’un restaurateur demande un laveur de vaisselle et dit : « Moi, faire ça ? Moi ?

Je suis un Québécois, moi, je suis né ici, moi, je ne fais pas ce genre de travail ! »

AU BAS DE L’ÉCHELLE

La sortie de Mongrain était caricaturale, mais elle soulevait une excellente question : se pourrait-il qu’un des problèmes avec la pénurie de main-d’œuvre soit que les Québécois de souche refusent trop souvent de s’abaisser à faire certains boulots que beaucoup d’immigrants accepteraient sans rechigner, tout contents de mettre du beurre sur leur pain ?

Quand tu arrives dans un nouveau pays, tu es prêt à faire toutes sortes de petits boulots ingrats pour améliorer ton sort, intégrer le marché de l’emploi et nourrir ta famille.

Balayer, laver les toilettes, cueillir des fruits, distribuer des circulaires, vendre des fleurs dans les restos...

Il n’y a pas de sot métier !

Alors que lorsque tu es un « de souche », tes exigences sont plus élevées.

Tu ne veux pas commencer « en bas de l’échelle ».

Tu es prêt à travailler, oui, mais pas à n’importe quel prix.

Tu ne veux pas perdre tes chèques de CSST ou ton aide sociale...

SOUS LA TABLE

Vous me direz qu’on trouve aussi des Bougon chez les immigrants, comme cette famille de Bangladais qui ont fraudé l’aide sociale pendant 12 ans.

Certes.

Mais pour chaque Bougon venu d’ailleurs, combien sont prêts à faire des petits boulots que trop de Québécois « de souche » refusent de faire, sous prétexte qu’ils ne paient pas assez bien ?