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Aliénor d’Aquitaine, une femme debout

Clara Dupont-Monod
Photo Olivier Roller Clara Dupont-Monod

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Inspirée par le parcours de battante d’Aliénor d’Aquitaine, reine de France puis reine d’Angleterre, l’écrivaine française Clara Dupont-Monod raconte sa vie hors normes dans son nouveau roman, La révolte. Elle ajuste le zoom sur son tempérament de femme qui s’est vraiment tenue debout dans l’Europe médiévale.

La vie d’Aliénor est elle-même romanesque et, dans ce livre, Clara Dupont-Monod raconte, du point de vue du fils de la reine, Richard Coeur de Lion, le parcours d’Aliénor dès sa séparation avec le roi de France Louis VII, en 1152.

Clara Dupont-Monod avait écrit Le roi disait que j’étais diable, qui couvrait la vie d’Aliénor d’Aquitaine de ses 13 ans à ses 30 ans. Comme les lecteurs lui réclamaient la suite... la voici.

<b><i>La révolte</i></b><br />
Clara Dupont-Monod<br />
Éditions Stock, 243 pages.
Photo courtoisie
La révolte
Clara Dupont-Monod
Éditions Stock, 243 pages.

« Après, elle épouse le roi d’Angleterre, elle fait huit enfants, dont Richard Coeur de Lion, puis elle lance la révolte contre son mari, avec Richard. Elle échoue et, pendant 14 ans, elle se retrouve dans une prison. Quand elle sort, elle est en pleine forme, et elle va encore arpenter l’Europe pour aller sauver Richard Coeur de Lion qui est fait prisonnier au retour de la Croisade », résume Clara, en entrevue.

L’écrivaine s’était attachée à ce personnage qui l’épatait. « J’ai pris la voix de Richard Coeur de Lion parce que je pense qu’il devait l’aimer autant que moi, j’aime Aliénor. Je suis tellement admirative devant cette dame qui n’est pas si connue que ça. Je trouvais que la voix d’un enfant qui aime éperdument sa mère était peut-être plus intéressante pour un écrivain que les faits, qui sont déjà très écrasants. »

Femme visionnaire

Clara Dupont-Monod est d’accord : Aliénor était une femme visionnaire et très indépendante d’esprit. « Elle était très seule, mais elle était extraordinairement indépendante, vaillante et surtout, elle était passionnée par le pouvoir. En 2018, quand on est une femme, c’est déjà un gros mot alors vous imaginez, au 12e siècle, quand on est reine : c’est un crime, en réalité ! Elle le vit jusqu’au bout. »

Aliénor voulait gouverner, son mari l’en empêchait. Elle voulait rester maîtresse de l’Aquitaine, son mari l’en empêchait. « Alors qu’est-ce qu’elle fait ? Elle lance l’offensive contre son mari ! Il y a un côté frontal et direct que je trouve magnifique. »

Vision moderne

L’écrivaine, qui a appuyé son roman sur un gros travail de recherche, apprécie beaucoup le côté « femme debout » d’Aliénor. « Quand j’ai vu arriver le mouvement #MeToo, je me suis dit, on manque tellement de modèles de grandes femmes aujourd’hui. Aliénor en est un : c’est une femme debout. »

« Elle a fait des erreurs, mais c’était une femme debout. Et en plus, c’était une force de la nature : mourir à 82 ans, en 1204, après avoir accouché dix fois, on est dans l’exceptionnel, absolument. »

Clara Dupont-Monod rappelle qu’à l’époque, les femmes nobles savaient se battre et savaient manier l’épée. « Ce n’était pas du tout rare d’avoir des femmes qui savaient gérer une forteresse. Quelque part, c’est aussi nous qui avons une image très déformée, hélas, du Moyen-Âge. »