/misc
Navigation

L'affaire Kavanaugh - Ce n'est pas drôle du tout !

Caricature de Bruce MacKinnon du 29 septembre 2018
Facebook - Page The Chronicle Herald d'Halifax.

Coup d'oeil sur cet article

C’est mon mari qui l’a vue en premier.

Il m’a alertée sur le coup. Et quand j’utilise le verbe « alerter », aucun autre mot ne saurait mieux définir sa réaction et son état : un coup de poing dessiné reçu en pleine gueule qui l’a pris au plus profond de ses trippes.

La caricature en question est l’œuvre de Bruce MacKinnon et a été publiée dans The Chronicle Herald d’Halifax. En ce beau dimanche matin, elle est virulente sur les réseaux sociaux.

Difficile de ne pas être assommé(e) par la puissance du message. Difficile de ne pas reconnaître Lady Justice se faire immobiliser, dans une position extrêmement vulnérable, retenue contre sa volonté par des mains républicaines, comme une tentative de viol...

Comme ce dont est accusé Brett Kavanaugh, prochain juge pressenti pour la Cour suprême américaine. 

Comme ce sentiment qu’éprouve une bonne partie de la population américaine (et d’ailleurs) devant le triste roman que nous livrent les auditions pour sa nomination.

Qui a dit que le travail des caricaturistes était toujours drôle ?

Qui a dit que l’humour devait toujours faire rire ?

Qui a dit que l’humour ne pouvait pas nous faire réfléchir ?

Attaquer des enjeux sociaux de front

Comme je l'ai maintes fois mentionné, l'humour a cette capacité de dénoncer des comportements jugés hors normes, immoraux, fautifs, abusifs et/ou tout simplement stupides et maladroits. 

Affirmer que la nomination de Brett Kavanaugh remet en question la cote morale du système politique américain est un euphémisme.

Le débat est devenu beaucoup plus large : c’est le moment où l’on verra à quel point les États-Unis se complaisent sans vergogne dans une culture élitiste de deux poids deux mesures en ce qui concerne non seulement les femmes, mais aussi les Américaines et Américains moyens, celles et ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, pour emprunter l’expression anglaise.

La caricature de MacKinnon permet d'aller au-delà de la théorie d'un complot organisé par les Démocrates.

On force les questions : à un moment donné, est-ce qu’on peut rendre un monsieur responsable de ses actes ? Est-ce qu'on peut arrêter d'abuser de la justice ?

Un an après #metoo / #moiaussi, les États-Unis n’auraient donc rien compris ?

C’est ce à quoi les caricaturistes, ces humoristes du crayon, comme les humoristes de scène et de texte, ont décidé de s’attaquer depuis jeudi dernier.

Brian MacKinnon n’a pas été le seul samedi à pourfendre la situation. Il y a eu aussi un brillant Matt Damon à Sathurday Night Live qui nous a offert une imitation du juge sur la sellette. Un superbe sketch qui cible tout le ridicule présent dans l’audition du juge jeudi dernier.

Et en ce dimanche matin, la nouvelle est partout : Twitter, Facebook, CNN, Daily News, Fox News, etc.

Ôde aux caricaturistes d’ici et d’ailleurs

Les caricaturistes possèdent un super pouvoir : celui de frapper de plein fouet le cœur d’un débat en une seule image.

Pourquoi est-ce un super pouvoir ? Parce que c’est le fantasme de tout communicateur digne de ce nom de clairement transmettre une idée en ligne directe et sans ambiguïté.

C’est un art qui va au-delà du simple talent en dessin que de traduire un concept, un débat, une situation complexe, en un visuel entrant dans une petite case.

Ils sont les créateurs de l’ombre, rarement appelés à s’exprimer publiquement en dehors de leurs dessins. On les oublie souvent lorsqu’il est question d’humour politique et social.

Je vous salue, caricaturistes d’ici et d’ailleurs. Que votre passion continue de nous bousculer encore longtemps.