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Trump mise à fond sur Kavanaugh... et Kim Jong-un!

Trump mise à fond sur Kavanaugh... et Kim Jong-un!

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Hier, dans un discours partisan (comme d’habitude) déjanté, Donald Trump a planté un pieu de plus droit au cœur de l’ironie en déclarant son amour pour le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Il a aussi rendu clair qu’il joue le tout pour le tout en appuyant sans réserve son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh.

Devant ses partisans déchaînés hier soir en Virginie occidentale, Donald Trump a fait un discours partisan qui en a laissé plus d’un pantois. Deux points sont particulièrement à retenir. D’abord, Donald Trump n’en démord pas dans son appui pour le juge qu’il a nommé à la Cour suprême, Brett Kavanaugh. De plus, Trump a prouvé qu’il est encore plus fidèle à la caricature qu’on se fait de son personnage que jamais en déclarant ni plus ni moins que son amour pour un des despotes les plus impitoyables de la planète, le «leader suprême» de la Corée du Nord, Kim Jong-un.

L’ironie est morte et enterrée

On savait déjà que Donald Trump était très fier d’avoir tenu un discours extrêmement dur et belliqueux à l’endroit de Kim Jong-un qui, selon lui l’aurait amené à faire un virage à 180 degrés de sa politique vers un accommodement avec la Corée du Sud et de très vagues promesses de dénucléarisation de la péninsule.

Mon propos ici n’est pas d’évaluer ce soi-disant succès. Pour Kim, les gains qu’il a tirés de la volte-face de Trump sont énormes et les concessions qu’il a consenties sont minimes et facilement réversibles. Ce qui étonne de prime abord est la force et l’apparente sincérité des sentiments exprimés par Donald Trump à l’endroit de Kim. Hier, ces sentiments ont éclaté au grand jour: c’est l’Amour avec un grand A. Dans cet extrait du discours, Trump avoue candidement comment il a été conquis par les lettres aguichantes de sa nouvelle flamme.

Blague à part, outre le fait que Kim Jong-un a probablement très bien compris qu’on peut accomplir énormément avec Donald Trump en le comblant de gentillesses et de compliments, ce nouvel épisode continue de nous en dire beaucoup sur l’admiration vouée par Donald Trump aux dictateurs de tout acabit, à commencer par son maître à penser Vladimir Poutine, à propos duquel il n’a toujours jamais prononcé ne serait-ce que la moindre petite critique depuis son entrée en politique. Est-ce parce que Donald Trump aurait lui-même un petit penchant autoritaire? En constatant à quel point il envie l’emprise sur le pouvoir des dictateurs de ce monde et l’admiration inconditionnelle qu’ils suscitent de la part de leurs concitoyens, on aurait au moins des raisons de le soupçonner, comme en fait foi l’extrait ci-dessous.

Le tout pour le tout

Ailleurs dans son discours, Donald Trump est bien sûr revenu sur l’enjeu du jour, soit la confirmation suspendue du juge Brett Kavanaugh. Encore une fois, Trump a réitéré sa profession de foi envers le juge Kavanaugh, sans tarir d’éloges à l’égard de son témoignage au Sénat. Ici aussi, Trump révèle beaucoup sur lui-même, car il voit d’abord en Kavanaugh un reflet fidèle de sa propre attitude défiante face aux multiples accusations d’agressions sexuelles dont il est lui-même l’objet. Manifestement, l’auditoire de Trump semblait d’accord avec lui.

La Virginie occidentale est un État conservateur où Trump a gagné par une majorité écrasante de 42 points de pourcentage et où le sénateur démocrate Joe Manchin est favori pour l’emporter, mais par une très faible marge. Le message de Trump envers Manchin est donc clair: s’il est responsable de la chute de Kavanaugh, Trump cherchera à se venger en incitant directement ses partisans à abandonner leur sénateur.

Heureusement pour Manchin, le juge Kavanaugh est très bien parvenu jeudi à donner des munitions à ses opposants en offrant le spectacle désolant d’un homme consommé par la partisanerie et la rage qui ne laisse d’autre choix au sénateur démocrate que de voter contre sa confirmation. Reste à savoir si l’intimidation de Trump aura raison des hésitations de quelques membres de son propre parti, mais d’ici là, voici un extrait de la performance du comédien Matt Damon, qui a bien su rendre la nature de la prestation de Kavanaugh devant les sénateurs.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM