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Un référendum gagnant?

Et si le Québec avait dit oui
Photo courtoisie Et si le Québec avait dit oui
Normand Cazelais
Éditions Fides

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Du temps où j’étais éditeur, j’avais cherché, en vain, un auteur capable d’écrire une uchronie à propos de la bataille des plaines d’Abraham.

Montcalm aurait vaincu les Anglais, et la Nouvelle-France se serait rendue jusqu’à la Révolution française, en 1789, trente ans plus tard. On aurait alors transporté une guillotine jusqu’ici par bateau comme dans le magnifique roman d’Eduardo Carpentier, Le siècle des lumières. La séparation de l’Église et de l’État aurait été consacrée, la laïcité aurait été la norme dans toutes les sphères de l’activité sociale, etc.

Un jeu

Mais voilà que Normand Cazelais, journaliste et géographe, se prête à ce jeu en imaginant ce que le Québec serait devenu si le OUI l’avait emporté lors du référendum de 1995. Je me souviens de cette soirée référendaire. J’avais été invité à y assister au Palais des Congrès. Plus le décompte des votes se rapprochait de Montréal, plus la vague souverainiste s’estompait. La ferveur dans la salle faisait place à une immense tristesse.

Le discours de la victoire de Jacques Parizeau, qu’on peut lire dans cet ouvrage, est très certainement inspiré de celui qu’aurait lu le chef des forces indépendantistes en cas de victoire du OUI. Il rappelle d’emblée l’entente conclue avec les « soixante-huit mille autochtones des onze nations au Québec dont nous reconnaissons l’existence en tant que nations distinctes », appelle les immigrants et les réfugiés à se joindre à notre combat pour construire un pays nouveau et rassure la communauté anglophone envers laquelle il s’engage à respecter et défendre ses droits et à préserver son identité.

La déclaration d’amour des Canadiens anglais, le fameux Love in, une semaine avant le vote, est chose du passé, mais la partie n’est pas encore tout à fait gagnée. Des menaces de partition du territoire planent et les négociations avec les autres provinces s’annoncent difficiles. La France prend note du résultat et attend la suite, la déclaration d’indépendance, pour aller de l’avant. On sait que Jacques Parizeau avait placé ses hommes de confiance, dont Yves Michaud, à des postes clés pour susciter sans tarder l’appui de certains pays au projet souverainiste.

Même Chantal Hébert est mise à contribution pour faire le point, depuis Ottawa, sur les réactions mi-figue mi-raisin du Canada anglais, tandis que Jean Lapierre est le correspondant et analyste politique de CKAC à Ottawa. Pour l’instant, personne n’a déchiré sa chemise, seul le professeur Stéphane Dion clame que la question n’était pas assez claire et il décide de porter sa cause en Cour suprême.

L’auteur s’attarde à quelques cas d’espèce, une famille très engagée dans le mouvement souverainiste, une autre en faveur du NON, un Anglais de l’Ouest québécois, qui prépare un acte terroriste, parce qu’il refuse la victoire du OUI. À l’opposé, un groupuscule d’extrême droite s’autoproclamant les défenseurs du Québec libre, s’apprête à traquer tous ceux qui s’y opposent, parmi les Anglais et les Juifs surtout.

La trame des événements, entre ce 30 octobre 1995 et le 28 octobre 1997, est entrecoupée d’extraits d’entrevues et de reportages plus ou moins fictifs des principaux médias. L’auteur a imaginé un attentat, au cours d’une célébration de la victoire, qui rappelle celui dont a été victime la première ministre Pauline Marois. Entre-temps, des comités sont mis sur pied pour négocier une entente avec le fédéral avec Lucien Bouchard comme chef négociateur et pour rédiger la future constitution d’une république québécoise.

Un an après la victoire du OUI, Jean Chrétien démissionne, ne pouvant supporter l’idée de l’éclatement « du plusse meilleur pays au monde ». Un an plus tard, ce sera au tour de Jacques Parizeau de démissionner. Il pourra dire : Mission accomplie.

J’aurais aimé un peu plus de tonus dans l’écriture et les trop nombreux dialogues. Mais nul doute que ce livre anticipe ce que nous pourrions vivre en 2022.