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ALENA: le grave échec de Trudeau

ALENA: le grave échec de Trudeau
Photo d'archives, AFP

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C’est donc ça que Justin Trudeau appelle négocier: limiter les dégâts et ne rien demander en retour. Qu’est-ce que le Canada a gagné en échange de ce que les États-Unis ont demandé? Rien.

L’acier et l’aluminium ne sont pas inclus dans le nouvel accord. Les exemptions de taxes pour les produits de commerce au détail achetés  en ligne aux États-Unis passent de 20 $ à 100 $. L’industrie agricole perd une partie de ses quotas et d’autres protections. Les exportations d’automobiles fabriquées au Canada sont soumises à des quotas. La durée de la protection des brevets des entreprises pharmaceutiques  augmente. Enfin surtout,  l’accord est sujet à une renégociation tous les 6 ans.   Pour le reste, le nouvel accord est similaire au précédent.

Des effets négatifs concrets

Le Canada endosse un nouvel accord qui met en péril l’économie des régions, qui fait très mal au commerce au détail, qui fait augmenter les coûts en santé et qui ne règle rien sur l’acier et l’aluminium. Le Canada n’a rien gagné. Il n’a que cédé du terrain.

Un chantage tous les 6 ans

Les dommages ne s’arrêtent pas ici. Puisque la manœuvre d’intimidation du gouvernement américain a si bien réussi, les États-Unis se donnent le droit de rouvrir l’accord pour demander des concessions supplémentaires au Canada tous les 6 ans. Nous sommes entrés dans une relation de pur chantage économique avec les États-Unis.

Où va s’arrêter Trump ?

On aurait tort de croire que Donald Trump va s’arrêter en si bon chemin. Trump tente d’imposer la loi de la jungle partout aux États-Unis et dans le monde. Il est contre toute intervention de l’État dans les marchés. Autant dire que tout ce qui distingue le Canada des États-Unis est pour lui une cible. Des entreprises paraétatiques au système d’assurance-maladie, en passant par les politiques de protection culturelles et par les politiques de réglementation bancaires.

Et si Trump s’en va ?

Trump pourrait débarquer du pouvoir, comme il pourrait y demeurer encore plusieurs années. Mais les forces libertariennes qui le soutiennent ne sont pas près de s’évanouir. À partir de maintenant, s’il veut continuer à exister économiquement de manière viable, le Canada doit chercher à se prémunir du chantage les États-Unis pourraient exercer contre lui.

Quelles sont les solutions ?

Le Canada doit absolument diversifier davantage ses exportations et ses importations. Il doit aussi trouver de nouveaux mécanismes pour protéger ses marchés contre les ambitions des entreprises américaines. Parce qu’au jeu des fusions-acquisitions, des envahissements de marché, et avec les nouvelles règles qui s’en viennent, il ne nous restera plus grand-chose dans quelques dizaines d’années.

D’autres auraient-ils mieux négocié ?

Justin Trudeau a perdu une bataille importante. Il est douteux qu’il puisse gagner la guerre commerciale que les États-Unis ont déclenchée contre le Canada. Son père n’aurait pas cédé. Jean Chrétien et Stephen Harper auraient sûrement été plus tenaces et surtout, plus rusés.

Que peuvent faire les provinces ?

En attendant que le Canada trouve un premier ministre compétent, les gouvernements des provinces doivent limiter les dégâts. Les mouvements coopératifs détiennent probablement une partie de la solution. Les gouvernements provinciaux feraient bien de les soutenir plus vigoureusement et de s’en inspirer.

Encore faut-il que ces gouvernements soient majoritaires et qu’ils laissent tomber leur dogmatisme pour trouver des solutions pratiques et viables. Bonne chance.