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District 31 : les questions qui tuent

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Le texte que j’ai écrit la semaine dernière sur District 31 et le crime commis par un jeune musulman (qui viole sa sœur qui a déshonoré sa famille) vous a beaucoup, beaucoup fait réagir.

Vous êtes très nombreux à trouver que les auteurs doivent être libres d’écrire les histoires qu’ils veulent, sans craindre d’offenser une communauté, une minorité ou une autre.

Mais selon moi, cette controverse autour de District 31 pose aussi beaucoup d’autres questions.

LES FEMMES AUX FEMMES

Est-ce que l’histoire d’Hanna aurait moins provoqué de réactions si Luc Dionne n’en avait pas fait un personnage homosexuel ? En effet, si on lit entre les lignes, on comprend que ce qui est dénoncé au passage est l’homophobie de certaines communautés, pour qui l’homosexualité est le pire des pêchés.

Or, en 2018, il est beaucoup plus courant de dénoncer l’homophobie de Québécois de souche que celle de nouveaux arrivants, qui est carrément taboue.

La question que je me pose est donc la suivante : les auteurs sont-ils obligés, chaque fois qu’ils décrivent un personnage issu des communautés culturelles, de le présenter comme ouvert, tolérant, bon, généreux, bref, comme étant parfait ? Y a-t-il une omertà sur les défauts des nouveaux arrivants ?

Si, dans une série québécoise, on montrait un riche homme québécois blanc « de souche » qui tue ses deux enfants de sang-froid de dizaines de coups de couteau, est-ce que les riches hommes blancs de souche se plaindraient d’être l’objet de stéréotypes et de préjugés ? Non. Un Guy Turcotte a bel et bien commis ce crime horrible et un auteur serait tout à fait justifié de raconter des histoires semblables dans sa série.

Est-ce qu’on penserait que l’auteur désigne tous les riches hommes blancs pure laine comme étant des assassins potentiels, qu’en chaque médecin de banlieue se cache un meurtrier d’enfant ? Poser la question, c’est y répondre.

Si une réalité existe au Québec, comme celle des crimes d’honneur, pourquoi devrait-on la cacher dans les œuvres de fiction alors qu’on en parle aux nouvelles ?

En 2017, l’excellente documentariste Raymonde Provencher a présenté l’enquête-choc Ces crimes sans honneur. Elle y posait la question : « Une autre affaire Shafia est-elle possible ? » Elle souhaitait que le documentaire soit montré dans les écoles. « Je veux que les jeunes puissent le voir. Et si c’est toi, cette jeune fille qui vit ça, sache que tu as le droit de parler et qu’il faut que tu parles. »

« C’est notre rôle de société d’accueil d’allumer quand on voit des signaux de cette violence-là. Et si on peut en sauver deux, trois, quatre, c’est déjà ça. »

Si un documentaire démontre que des crimes d’honneur sont encore commis aujourd’hui au Québec, pourquoi une œuvre de fiction devrait éviter le sujet ? Peut-être qu’il faudrait aussi montrer District 31 dans les écoles ?

C’EST AUSSI ÇA LA VIE !

Quand une série montre des assistés sociaux véreux (Les Bougon), il se trouve toujours une association de défense des assistés sociaux pour dire : « C’est pas comme ça que ça se passe dans la vraie vie. »

La question qu’on peut se poser, 14 ans après Les Bougon, est la suivante : « Misère, savez-vous c’est quoi une œuvre de fiction ? »