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Paul Desmarais ciblé dans un livre

L’auteur à l’origine de l’affaire Clearstream dépeint le défunt milliardaire comme un prédateur financier

Paul Desmarais a repris l’entreprise de bus de son père en 1951. Ses fils André et Paul Jr. contrôlent aujourd’hui Power Corporation.
Photo d'archives, AFP Paul Desmarais a repris l’entreprise de bus de son père en 1951. Ses fils André et Paul Jr. contrôlent aujourd’hui Power Corporation.

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Un livre d’enquête qui vient de paraître en France accuse Paul Desmarais, mort en 2013, et son partenaire d’affaires belge Albert Frère de s’être enrichis au détriment des États.

Albert Frère a fait ses débuts dans la sidérurgie. Aujourd’hui âgé de 92 ans, il possède la deuxième fortune de Belgique.
Photo d'archives, AFP
Albert Frère a fait ses débuts dans la sidérurgie. Aujourd’hui âgé de 92 ans, il possède la deuxième fortune de Belgique.

« On est au cœur de ce qui fonde le capitalisme financier. Les milliardaires et les stars de l’investissement privé poursuivent deux buts qui participent à leur enrichissement : échapper à la fiscalité et bénéficier, partout où c’est possible, et sans que ça en ait l’air, de l’argent public. Albert Frère et Paul Desmarais sont des orfèvres en la matière. Ils savent flairer la bonne affaire. Pour la réussir, ils ont besoin d’appuis dans l’appareil d’État », écrivent Catherine Le Gall et Denis Robert dans Les Prédateurs, publié aux éditions du Cherche Midi.

M. Robert est une pointure en journalisme d’enquête : il a mis au jour le scandale Clearstream, cette firme du Luxembourg qui aurait servi de plateforme d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent.

Les auteurs s’appuient sur quatre affaires, mais Paul Desmarais n’est directement touché que par celle du géant énergétique GDF Suez, renommé Engie en 2015.

Le coup de la banque Paribas

Le livre rappelle que MM. Desmarais et Frère se sont rapprochés à la fin des années 1970 alors qu’ils siégeaient au conseil d’administration de la banque française Paribas. En 1981, ils prendront le contrôle de la filiale suisse de Paribas afin de la soustraire de la nationalisation décrétée par le gouvernement Mitterrand.

Baptisée « Arche de Noé », l’opération est menée par le biais de la société suisse Pargesa, que contrôlent Power Corporation et le groupe Frère par l’entremise d’une firme néerlandaise, Parjointco. Pargesa détient aujourd’hui des intérêts dans des géants européens comme Total, LafargeHolcim, Pernod Ricard et Adidas.

Le livre revient sur l’amitié entre Paul Desmarais et Nicolas Sarkozy. En 1995, M. Desmarais reçoit M. Sarkozy à son domaine de Sagard, dans Charlevoix, alors que le futur président traverse une mauvaise passe. Nicolas Sarkozy ne l’oubliera jamais : il remettra la Légion d’honneur à Paul Desmarais et à sa femme Jacqueline.

Les auteurs se butent toutefois à la complexité des astucieuses transactions qu’ils tentent d’élucider. Ils reconnaissent que la justice n’a rien trouvé à redire.

Mais ils n’en démordent pas : pour eux, MM. Frère et Desmarais étaient des maîtres de « l’art subtil et destructeur de la prédation ».

Quatre affaires sous la loupe

RESTAURANTS QUICK

Entré au capital de la chaîne de restauration rapide en 2002, le holding d’Albert Frère a revendu sa participation à une filiale de la Caisse des dépôts et consignations de France cinq ans plus tard, réalisant au passage un juteux gain. Selon un rapport comptable belge, l’institution publique a payé trop cher pour Quick en se basant sur une évaluation d’entreprise gonflée.


GDF SUEZ

En janvier 2007, la société belge GBL, contrôlée par MM. Frère et Desmarais, a investi 800 M€ (1,2 G$ CAN) dans le géant de l’énergie et de l’environnement Suez. Le placement sera très rentable puisque l’année suivante, Suez sera absorbée par la société d’État Gaz de France (GDF). D’abord opposé à la transaction, Nicolas Sarkozy finit par l’appuyer une fois devenu président.


PETROBRAS

La société d’État brésilienne Petrobras a déboursé 1,2 G$ US pour la raffinerie de Pasadena, au Texas. Or, Astra Oil, contrôlée par Albert Frère, l’avait acquise pour 42,5 M$ US peu de temps auparavant. Des cadres d’Astra et de Patrobras sont accusés de corruption dans cette affaire. Notons que le président du conseil d’Astra, Gilles Samyn, siège également à celui de Pargesa.


URAMIN

En 2007, la société d’État française Areva achète l’entreprise sud-africaine UraMin pour 1,8 G d’euros. Une transaction catastrophique puisque les gisements d’uranium de la firme sont beaucoup moins riches que promis. Les auteurs du livre avancent que des proches de MM. Desmarais et Frère étaient impliqués dans l’affaire, mais admettent que rien ne relie directement les deux magnats au scandale.

Extraits du livre

« Paul Desmarais et Albert Frère avancent leurs pions. Il leur suffira d’attendre le moment propice [...]. Ils ont des hommes en place, les meilleurs avocats, les meilleurs conseillers, de petits ennemis qui se fatiguent. »

« Cette chaleur des pauvres qu’ont volée les milliardaires avec la complicité des politiques qui ont fini par brader GDF (Gaz de France). »

« Qu’est-ce qui est le plus scandaleux ? Que des milliardaires s’enrichissent au détriment d’entreprises publiques, ou que des États se laissent piller, sachant que les contribuables seront là pour renflouer les caisses ? »