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Lafrenière quitte le jour de l’élection

Le patron de l’UPAC avait été mis à mal par le DPCP vendredi dernier dans l’affaire Guy Ouellette

Le patron de l’UPAC Robert Lafrenière avait participé à une conférence de presse en lien avec l’affaire du député de Chomedey Guy Ouellette à la fin du mois d’octobre 2017.
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Le patron de l’UPAC Robert Lafrenière avait participé à une conférence de presse en lien avec l’affaire du député de Chomedey Guy Ouellette à la fin du mois d’octobre 2017.

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Mis à mal par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) vendredi dernier, menacé par la perspective d’un changement de gouvernement, le patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) Robert Lafrenière a pris tout le monde par surprise lundi en démissionnant le jour de l’élection générale.

Ce n’est pas la première fois que M. Lafrenière fait des vagues lors de journées importantes en politique provinciale. En mars 2016, il s’était attiré des critiques pour avoir annoncé l’arrestation de l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau au moment de la présentation du budget du gouvernement Couillard.

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, vendredi dernier a été une journée charnière pour le commissaire à la lutte contre la corruption.

Le patron de l’UPAC Robert Lafrenière avait participé à une conférence de presse en lien avec l’affaire du député de Chomedey Guy Ouellette à la fin du mois d’octobre 2017.
Photo d'archives, Simon Clark

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé que les mandats de perquisition exécutés l’automne dernier contre le député Guy Ouellette n’étaient pas valides.

Pour le patron de l’UPAC, il s’agissait d’une véritable gifle, insistent nos sources. Ces dernières expliquent que M. Lafrenière s’était fait un devoir « personnel » de mener à bien l’enquête sur des fuites d’informations de son organisation dans les médias. Guy Ouellette avait été arrêté, mais jamais accusé, dans le cadre de cette enquête qui a abouti en queue de poisson vendredi.

« Je souhaite ardemment qu’on arrive à une conclusion et qu’on trouve le bandit qui aurait fait ça », avait martelé le patron de l’UPAC en mai 2017 à l’Assemblée nationale.

Messieurs Ouellette et Lafrenière étaient en froid depuis longtemps, selon nos informations.

Nouveau gouvernement

Robert Lafrenière risquait également de voir sa légitimité remise en question à la suite du scrutin de lundi soir.

Le patron de l’UPAC Robert Lafrenière avait participé à une conférence de presse en lien avec l’affaire du député de Chomedey Guy Ouellette à la fin du mois d’octobre 2017.
Photo courtoisie

Le futur premier ministre François Legault n’a jamais publiquement désavoué M. Lafrenière. Mais le 2 septembre dernier, il a affirmé que son poste serait réévalué, tout comme ceux des directeurs de la SQ et de la police de Montréal, si son parti était porté au pouvoir.

Au cours des derniers mois, la CAQ, tout comme le Parti québécois et Québec solidaire, ont affirmé qu’ils souhaitaient que la nomination du commissaire à la lutte contre la corruption soit le résultat d’un vote aux deux tiers de l’Assemblée nationale.

Actuellement, ce poste est pourvu à la suite d’une nomination du gouvernement.

« Difficile de comprendre »

L’avocat criminaliste Jean-Claude Hébert voit dans le changement de gouvernement une des raisons qui expliquent cette sortie fracassante.

« Est-ce que M. Lafrenière voulait symboliquement marquer le pas et dire : voyez-vous, moi je suis un homme d’honneur, de décisions... à partir du moment où je m’aperçois que je n’aurai plus l’appui que je devrais avoir, je tire ma révérence ? » s’interroge-t-il.

« M. Lafrenière n’est quand même pas un imbécile. Ça fait longtemps qu’il doit examiner ces scénarios-là », ajoute Me Hébert.

La juge à la retraite Suzanne Coupal, pour sa part, s’explique mal pourquoi le patron de l’UPAC a annoncé sa démission le jour même des élections.

« C’est une journée où on essaie de ne pas politiser le débat. C’est difficile de comprendre pourquoi il n’a pas attendu demain », dit-elle.

Au cours des derniers mois, les problèmes de relations de travail au sein de l’organisation que dirigeait M. Lafrenière ont également fait la manchette.

Le patron de l’UPAC Robert Lafrenière avait participé à une conférence de presse en lien avec l’affaire du député de Chomedey Guy Ouellette à la fin du mois d’octobre 2017.
Photo d'archives, Simon Clark

En janvier dernier, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux a affirmé que la situation s’était améliorée, mais qu’il restait « du travail à faire ».

Invité à commenter le moment choisi par M. Lafrenière pour annoncer son départ, le premier ministre Philippe Couillard a été peu loquace lundi.

Le patron de l’UPAC Robert Lafrenière avait participé à une conférence de presse en lien avec l’affaire du député de Chomedey Guy Ouellette à la fin du mois d’octobre 2017.
Photo d'archives, Agence QMI

« Je vous laisse le soin d’analyser cette question », a-t-il répondu au journaliste qui l’interrogeait.

Robert Lafrenière quittera officiellement son poste le 2 novembre. Il n’a pas accordé d’entrevue, lundi, pour expliquer sa décision.

En poste depuis sept ans et demi, il aura été le premier et à ce jour le seul grand patron de la courte histoire de l’UPAC.

Sept ans mouvementés à l’UPAC

16 mars 2011

Robert Lafrenière, alors sous-ministre à la Sécurité publique, est nommé commissaire à la lutte contre la corruption par le gouvernement libéral de Jean Charest. Il devient le premier patron de l’UPAC.

17 avril 2012

L’UPAC réalise le premier coup de filet significatif de son histoire en arrêtant 14 personnes accusées d’avoir participé à un stratagème de corruption à Mascouche, dont l’ex-maire Richard Marcotte.

17 mai 2012

L’ex-président du Comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino et huit autres personnes sont arrêtés à la suite du scandale du Faubourg Contrecoeur. Zampino sera finalement blanchi six ans plus tard.

27 février 2013

Les troupes de Robert Lafrenière annoncent des accusations contre cinq personnes à la suite d’une enquête sur l’octroi du contrat de construction du campus Glen du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). L’ex-DG du CUSM Arthur Porter, un ami de Philippe Couillard, est ciblé.

9 mai 2013

L’UPAC réalise la plus importante rafle de son histoire en mettant le grappin sur 37 personnes dans le cadre de l’opération Honorer, à Laval. L’ex-maire Gilles Vaillancourt se retrouvera derrière les barreaux quelques années plus tard.

17 juin 2013

Le maire de Montréal Michael Applebaum est arrêté et accusé de corruption, lui qui a accepté des pots-de-vin pour deux projets immobiliers.

17 mars 2016

L’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau est arrêtée et accusée de corruption le jour où le gouvernement dépose son budget. L’ex-ministre libéral et v.-p. de la firme Roche Marc-Yvan Côté fait également partie des sept personnes arrêtées ce jour-là.

L’affaire n’a pas encore connu son dénouement devant les tribunaux.

5 mai 2017

En commission parlementaire, Robert Lafrenière promet de trouver le « bandit » qui aurait transmis à notre Bureau d’enquête des informations à propos de l’enquête Mâchurer sur des allégations de financement illégal au Parti libéral du Québec.

5 décembre 2017

Notre Bureau d’enquête dévoile le contenu d’un rapport dévastateur sur des tensions entre la direction de l’UPAC et plusieurs employés.

16 mars 2018

L’UPAC arrête l’ex-maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille ainsi que quatre membres de sa garde rapprochée. Ils font face à des accusations de corruption et d’abus de confiance, eux qui auraient présumément accepté des cadeaux de la part d’entrepreneurs qui obtenaient des contrats avec la Ville.